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Québec : Soutien par les pairs, un processus d’échange mutuel

le 29 septembre 2017

Rencontre avec Annie Beaudin, coordinatrice du Réseau des Pairs Aidants de la province de Québec, qui oeuvre pour le soutien par les pairs ou pair-accompagnement.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis paire aidante certifiée et coordonnatrice du programme Pairs Aidants Réseau au sein de l’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP). Depuis plus de 20 ans, je suis engagée auprès des personnes vivant avec un trouble anxieux, dépressif ou bipolaire via l’organisme Revivre. J’anime des conférences partout au Québec et à l’international, en solo, mais également en compagnie de mon conjoint et de ma fille. Je collabore à de nombreuses tribunes à travers les médias dans le but d’enrayer les tabous et la stigmatisation entourant les maladies mentales. Je suis paire-chercheure auprès du laboratoire de recherche Vitalité! issu de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et je donne des formations auprès de mes pairs et du grand public.

Parlez-nous des origines de l’ accompagnement par les pairs.
Les origines du soutien par les pairs se trouvent dans la nature sociale des communautés humaines. Depuis toujours, les gens s’aident mutuellement au sein de leur famille et de leurs collectivités locales pour surmonter les difficultés de la vie. Toutefois, l’idée que des personnes issues de familles et de communautés différentes et qui ont une expérience de vie commune puissent se soutenir entre elles représentent un phénomène plus récent ; elle découle de l’évolution du sentiment d’appartenance à plusieurs communautés au sein de la société moderne.

Le réseau de soutien par les pairs le mieux établi a vu le jour en 1937. Le mouvement des Alcooliques Anonymes s’est étendu partout dans le monde et sa méthode en 12 étapes a été adaptée à d’autres dépendances et aux troubles mentaux. »

Le soutien par les pairs découle d’une culture différente en elle-même de celle que favorise le réseau de la santé mentale. Il s’agit d’un acte au cours duquel des personnes utilisatrices de services de santé mentale offrent un soutien à leurs pairs à partir de leur propre expérience du trouble mental et du rétablissement. Ces derniers, que l’on nomme pairs aidants, échangent notamment sur ce qu’ils ont vécu.
Les principes-clés de l’intervention par les pairs sont le respect, la responsabilité partagée et l’entente mutuelle. « La réciprocité qui est propre à la relation d’aide offerte par le pair aidant permet d’éviter le déséquilibre du pouvoir qui caractérise les relations entre les patients et le personnel soignant des services de santé mentale (Mead et coll. 2001). Le réseau de la santé mentale fournit actuellement des services « à sens unique », qui s’appuient sur des rôles figés d’aidant et d’aidé (Mead et Macneil 2004) ou « d’expert » et de « récepteur passif » (Repper et Perkins 2003).

Le soutien par les pairs repose sur un processus d’échange mutuel de sorte que le pair aidant et la personne utilisatrice peuvent jouer des rôles multiples tout au long d’une interaction donnée. Par conséquent, ce type d’interaction se rapproche des relations qui se tissent au sein de la communauté de sorte qu’elle favorise l’intégration sociale et évite que l’usager se sente comme un malade mental dans la communauté (Mead et Macneil 2004). Son apport unique encourage les personnes utilisatrices à chercher les réponses en elles-mêmes, ce qui les aide à devenir plus responsables et confiantes dans leur rétablissement. L’intervention par les pairs met de l’avant des relations respectueuses, empathiques, confiantes et chaleureuses, redonnant du pouvoir aux personnes utilisatrices afin qu’elles puissent réaliser les changements souhaités et prendre des décisions leur permettant d’atteindre leur but.

Finalement, « ils peuvent aider à déterminer, comprendre et combattre le stigma et la discrimination contre la maladie mentale et développer des stratégies pour aider les personnes à les affronter  ».

Il y a aujourd’hui près de 200 pairs aidants certifiés au Québec, au Nouveau-Brunswick mais également en France (médiateurs de santé pairs). On retrouve ces pairs aidants dans le milieu communautaire ou dans le réseau institutionnel.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire du réseau des Pairs Aidants de la province de Québec ?
Cet outil permet de prendre connaissance des nombreuses difficultés qu’il faut éventuellement surmonter pour s’engager dans cette voie avec succès.

En 2005, l’Institut universitaire en santé mentale de Québec embauchait un premier pair aidant, monsieur Roger Pelletier, au sein de son équipe Pact offrant des services de suivi intensif dans la communauté. Il faut souligner que cette embauche était une première au Québec. L’Association des personnes utilisatrices de services de santé mentale de la région de Québec a participé activement à favoriser l’embauche de ce pair aidant. Cette même année, le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) lançait son Plan d’action ministériel 2005-2010, La force des liens , qui, parmi ses principaux objectifs, préconisait l’embauche d’intervenants pairs aidants dans 30% des équipes de suivi intensif et d’intensité variable. Ceci donne un premier coup d’envoi politique, le message est lancé, mais peu entendu.

Comment les choses ont-elles évolué par la suite?
À l’hiver 2005, l’AQRP déposait au MSSS une proposition visant à développer un programme de formation sur la réadaptation psychosociale et le rétablissement en sept axes dont un (l’axe 4) portait sur la promotion de l’embauche des pairs aidants. Toutefois cette proposition n’a pas été retenue. En mars 2006, madame Nathalie Lagueux, usagère et travailleuse sociale, s’associait avec l’Association des personnes utilisatrices de services en santé mentale de la région de Québec (APUR) afin de déposer auprès de l’Agence de Santé et de Services sociaux de la Capitale nationale un projet visant à développer une formation à l’intention des usagers désirant travailler à titre de pair aidant. L’Agence, convaincue de l’importance de développer ce programme pour les usagers, finance l’APUR pour établir les principaux éléments de contenus de cet éventuel programme. Elle suggère également au promoteur de s’adresser au ministère de la Santé et des Services sociaux pour vérifier son intérêt face à ce projet.

Source Handirect