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République centrafricaine : La prise de parole des soldats traumatisés est moins taboue

le 4 novembre 2016

[20 minutes] Selon le médecin en chef des armées, Laurent Melchior Martinez, 12% de militaires ont été confrontés à des événements traumatiques entre 2010 et 2016, toutes missions confondues…

Conflit interreligieux, ethnique et politique, la guerre en République centrafricaine a-t-elle été l’une des plus violentes pour les hommes et les femmes engagés au sein de l’armée française ? Officiellement terminée ce lundi, l’opération Sangaris a été émaillée par les accusations de viols sur mineurs et par un rapport parlementaire alarmant sur l’état de santé psychique des soldats.

Selon les députés auteurs de ce document publié en 2014, 12 % des militaires de retour de République centrafricaine présentaient des déséquilibres psychologiques se traduisant par un contact altéré avec la réalité contre 8 % pour l’opération Pamir en Afghanistan. Un chiffre à relativiser pour le docteur Laurent Melchior Martinez, coordinateur national du Service médico-psychologique des armées et ancien psychologue des forces spéciales.

Sait-on aujourd’hui, trois ans après le début de l’opération, combien de soldats déployés en Centrafrique souffrent de stress post-traumatique (SPT) ?

La caractéristiquedu stress post-traumatique, c’est la rencontre avec la mort, une menace vitale, la sensation de mort imminente, des visions d’horreur, de cadavres liées à des événements traumatiques. Or ce qui est très compliqué, c’est d’identifier cet événement traumatique. La maladie peut se déclencher plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années après cet événement. Et certains soldats déployés en Centrafrique étaient en Afghanistan avant. Le stress post-traumatique peut survenir après la RCA mais être lié à l’Afghanistan par exemple.

Aujourd’hui ce qui est certain, c’est que l’opération où nous avons recensé le plus grand nombre de troubles psychiques post-traumatiques est l’Afghanistan, 45 % des soldats présentaient des troubles. Au niveau de la République centrafricaine, on est bien en deçà et parmi l’ensemble des militaires, 12 % ont été confrontés à des événements traumatiques entre 2010 et 2016.

Existe-t-il des spécificités dans les symptômes présentés par les soldats déployés en Centrafrique par rapport à d’autres terrains d’intervention (Mali, Afghanistan) ?

Lorsqu’un militaire présente un syndrome de répétition traumatique, il va revivre l’événement comme s’il y était. Cela peut survenir dans son sommeil, avec des cauchemars, il peut le vivre sous la forme de flash visuel, un événement extérieur va faire écho à l’événement originel, il va voir une image, presque comme une hallucination. Cela peut se matérialiser aussi sous forme de pensées intrusives et il y a tout un tas d’autres signes, comme des sursauts, des conduites d’évitement, avec le sentiment, pour les cas les plus graves, d’être constamment menacé par quelque chose.

Ces syndromes de répétition vont évidemment être spécifiques au théâtre d’opérations, même s’ils se ressemblent tous, les odeurs, les sons seront liés à l’événement et à un lieu précis. En RCA, il y a eu de nombreuses exactions entre communautés. Ces visions d’horreur, de cadavres, de charniers sont plus prédominantes pour ces soldats que pour ceux qui étaient en Afghanistan par exemple.

Quel bilan peut-on faire de la mise en place du numéro d’appel Ecoute Défense (08.08.800.321) en janvier 2013 ?

Depuis janvier 2013 et jusqu’à décembre 2015, nous avons pris en charge 1.046 appels. Ecoute défense, c’est une offre téléphonique d’accueil, d’écoute et d’orientation au profit des militaires, d’anciens militaires qui souffrent de troubles psy et également accessible aux familles de soldats. C’est anonyme et gratuit, et géré par l’ensemble des psychologues du service de santé des armées. En revanche, ce n’est pas de la psychothérapie par téléphone. Notre rôle, c’est d’orienter les soldats ou leurs proches vers un soignant de proximité militaire ou civil.

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