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Suisse : 10% des patients mineurs sont mis sous contention en psychiatrie

le 9 février 2017

[Le Temps] Pour la première fois, la Suisse dispose de chiffres sur les mesures de contrainte dans les cliniques psychiatriques. Les enfants n’y échappent pas

Dans les établissements psychiatriques, les crises ne sont pas rares. Quand le patient menace son entourage ou s’en prend à lui-même, les soignants peuvent avoir recours à ce que les experts appellent, dans leur jargon, des «mesures limitatives de liberté». Concrètement, il s’agit d’enfermer la personne dans une pièce vide, l’attacher à son lit au moyen de ceintures ou de l’assommer avec des médicaments tranquillisants.

Bien qu’elles soient courantes, ces méthodes ne sont pas anodines, dans la mesure où elles portent atteinte à l’intégrité du patient. C’est pourquoi les services psychiatriques sont encouragés de manière croissante à rendre des comptes sur leur pratique en matière de contention. Pour la première fois, la Suisse dispose de chiffres représentatifs sur le sujet, grâce au travail de l’Association nationale pour le développement de la qualité dans les hôpitaux et les cliniques (ANQ), qui recueille les données fournies par les établissements.

En 2015, les 23 cliniques de psychiatrie stationnaire pour enfants et adolescents du pays ont appliqué des mesures limitatives de liberté sur 235 mineurs, soit 9,3% de leurs patients. Ce chiffre est en augmentation de trois points par rapport au deuxième trimestre de l’année précédente, mais c’est probablement parce que les cliniques ont fourni des données plus complètes. C’est à Zurich que les services soignants ont eu le plus recours à ces mesures avec 23% des jeunes patients immobilisés. Dans le bas de la fourchette, ce taux est de 14% au sein du Réseau fribourgeois de santé mentale, de 7,9% au CHUV (VD) et même de 0,7% en Valais. Le chiffre genevois n’est pas disponible.

Chez les adultes, plus difficiles à maîtriser physiquement, on pourrait penser que le personnel a davantage recours à la contrainte. Au contraire, les chiffres sont moins importants: en 2015, dans 31 cliniques de soins aigus et de premier recours (la Suisse en compte 32 au total), 7,9% des patients étaient concernés par une ou plusieurs mesures de ce type. Le record est détenu par Soleure avec 18,8% des cas, Marsens (FR) occupant l’autre bout.

La Suisse dans la moyenne européenne

Isabelle Gothuey, médecin et directrice du secteur de psychiatrie et psychothérapie pour adultes au Réseau fribourgeois de santé mentale, estime qu’en «comparaison internationale la Suisse est plutôt positionnée dans la moyenne des pays européens, les pays nordiques (Hollande, Danemark, Norvège) étant parmi ceux qui utilisent le moins les mesures de contrainte. La France au contraire compte parmi ceux qui les utilisent le plus.» En mai dernier, un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté a fait scandale: il révélait l’augmentation des patients mis à l’isolement ou attachés à leur lit pendant des semaines, dans certains établissements psychiatriques de l’Hexagone.

Dans les services d’Isabelle Gothuey, les principales mesures de contrainte utilisées sont les traitements médicamenteux, associés ou non à des mesures d’isolement en cas d’état d’agitation, de violence et d’auto-agressivité. «Chez la personne âgée, précise-t-elle, la contention est plutôt physique, comme des barrières au lit ou des systèmes de draps particuliers pour les empêcher d’errer la nuit et de chuter en cas de désorientation. Chez l’adolescent, on privilégie aussi la contention physique plutôt que la médication.»

Même si les soignants n’ont parfois pas d’autres moyens pour gérer un patient que de l’empêcher de bouger, le sujet reste très débattu. En 2012, le Comité européen pour la prévention de la torture alertait sur l’usage de la contrainte en milieu psychiatrique, en soulignant qu’il «n’y a pas de preuve scientifique d’un bénéfice thérapeutique quelconque découlant du recours à la contention». En Suisse, la Commission nationale de prévention de la torture mène actuellement une étude approfondie sur le sujet.

Source Le Temps