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Suisse : La voix des malades psychiques fête ses 30 ans

le 2 février 2017

[24 heures] Militant assagi, le Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique défend les droits des patients et agit pour les ramener vers la société.

Avouer qu’on souffre d’une maladie psychique, ça n’a rien d’évident. Laurent Leuba, lui, a enterré ce tabou. «Il n’y a pas de honte. De toute façon, tout finit par se savoir», rigole ce quinquagénaire, plutôt relax juste avant le coup de feu de midi. Depuis sept ans maintenant, il travaille comme serveur au Grain de Sel, à Lausanne, le restaurant du Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP).

Le GRAAP, c’est quoi? Au départ, c’est une association, créée en 1987 par une assistante sociale, Madeleine Pont, et un psychologue, Pierre-Dominique Scheder, lui-même atteint de schizophrénie. A l’époque, l’objectif était de rassembler les personnes atteintes de troubles psychiques pour qu’elles puissent s’entraider, prendre en main la défense de leurs droits et changer le regard de la société.

Arrivé en 2017, le GRAAP fête 30 ans d’existence et permet à environ 600 personnes d’être prises en charge par un assistant social, de retrouver une forme d’activité professionnelle, comme Laurent Leuba, ou plus simplement, de côtoyer des gens qui vivent les mêmes expériences, notamment dans des groupes d’entraide. Centré à Lausanne, il a aussi des antennes à Nyon, Montreux et Yverdon et prévoit d’en ouvrir une dans le Chablais.

Tout une vie à la Borde

Dans la capitale vaudoise, le GRAAP s’est créé un véritable quartier général à la rue de la Borde, où l’association gère le Grain de Sel, mais également une entreprise de scannage de documents, un salon de coiffure, une teinturerie et même une garderie. Cœur battant de ce petit réseau, le restaurant ne paie pas de mine, mais il ne manque pas de clients: midi et soir, le menu est à 9 fr. 50.

C’est qu’il tourne grâce à une trentaine de travailleurs au bénéfice de l’assurance invalidité, autrement dit, qui ont un trouble psychiatrique chronique. Laurent Leuba est dans ce cas. Il y a un peu plus de dix ans, un divorce puis un «pétage de plombs» l’ont conduit à l’hôpital. Depuis, il se reconstruit. «A l’origine, j’étais cuisinier. On m’a proposé de faire le service, alors j’ai dit oui. Je ne voulais pas rester enfermé 24 heures sur 24!» Sans quitter sa bonhomie, il ne s’en veut pas moins lucide: «Si je me présente pour un travail classique aujourd’hui, on ne va pas me prendre.» Et pourtant, il serait prêt à travailler bien plus que ses 30 heures par semaine. «La différence ici, c’est que les gens qui ont le même parcours voient beaucoup mieux le potentiel que je peux avoir», analyse-t-il.

Un modèle communautaire

«Le GRAAP est un vrai modèle communautaire, estime Pierre-Dominique Scheder. C’est ce qui permet aux gens d’exister à nouveau. Quand vous êtes atteint d’une maladie mentale, vous perdez votre qualité d’être humain. Votre parole ne vaut plus rien.» De ce point de vue, Il reste encore du chemin à faire, mais la situation a bien changé en trente ans, et le GRAAP n’y est pas pour rien de par son action militante en faveur des droits des patients. Il s’est par exemple engagé pour que les malades aient accès à leur dossier médical, ce qui n’était pas le cas à la naissance de l’association. «Aujourd’hui, il serait inimaginable qu’un patient ne soit pas informé sur sa maladie. A l’époque, on attendait de lui qu’il se taise et prenne ses médicaments», explique Madeleine Pont.

Source 24 heures