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Suisse : Les anti-dépresseurs trop souvent utilisés

le 15 février 2017

[Tribune de Genève] Les médecins ont trop tendance à privilégier les médicaments plutôt que la psychothérapie en cas de dépression.

En Suisse, une personne sur cinq est susceptible de souffrir au moins une fois dans sa vie de dépression légère ou sévère, selon l'Observatoire de la santé (Obsan) qui a sorti en décembre dernier le monitorage 2016 de la santé psychique en Suisse. Et près de 30% de la population faisait état de symptômes dépressifs en 2012. Hic: la moitié des patients ne sont pas traités correctement, en particulier, ceux souffrant d'une légère dépression. Les médecins privilégient en effet les psychotropes, alors que ceux-ci sont recommandés uniquement dans le cas de dépression sévère.

«En Suisse, 60% des patients sont soignés uniquement avec des médicaments», remarque Birgit Watzke, professeur à l'Institut de psychologie clinique de l'Uni de Zurich. Ceci alors qu'une psychothérapie serait bien plus appropriée. Un phénomène que l'on retrouve dans la plupart des pays, selon la spécialiste interrogée par le Tages-Anzeiger .

Les généralistes responsables

Souvent, ce sont les médecins généralistes qui en sont responsables. Ce sont en effet eux qui ont la plupart du temps les premiers contacts avec le malade et qui décident du traitement. Et ils pourraient très bien, par des questions ciblées, détecter si un trouble mental léger ou sévère se cache derrière les symptômes physiques dont se plaignent les patients. Malheureusement, ils ne le font souvent pas par faute de temps ou de volonté.« Beaucoup sont réticents car cela cela ouvre la porte à un traitement sans fin», selon la spécialiste. En outre, une psychothérapie est souvent coûteuse à première vue.

Du coups, les praticiens privilégient les médicaments. «Les patients attendent une aide et le médecin se sent obligé de leur proposer quelque chose», selon Birgit Watzke. La situation est donc préoccupante. D'autant que de grandes études montrent que les anti-dépresseurs ne fonctionnent pas mieux que des placebos pour des dépressions sévères. Ils provoquent même souvent des effets secondaires, tels que des nausées, des maux de tête ou une prise de poids.

Nouveaux traitements

La situation pourrait toutefois changer, selon la spécialiste, car de nouvelles offres en matière de psychothérapie apparaissent et pourraient améliorer la situation. Celles-ci comprennent diverses méthodes de thérapie en ligne qui ont été testées avec succès ces dernières années. Les patients doivent remplir eux-mêmes du contenu internet et communiquer online avec des médecins.

Autre piste envisagée: la psychothérapie par téléphone. Une étude portant sur 200 patients atteints de dépression légère à modérée a montré de bons résultats. «Son avantage est sa plus grande proximité», selon Birgit Watzke. De nombreux patients apprécient le contact téléphonique direct, selon elle. Et si les malades ne répondent pas au traitement, cela permet de réagir plus rapidement.

Source Tribune de Genève