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Suisse : Les problèmes psychiques touchent davantage les Genevois

le 24 août 2016

[La Tribune de Genève] Genève a la plus forte densité de psys de Suisse (5/5)Plus de 1700 psys sont recensés dans le canton, où 23% des résidents déclarent souffrir ou avoir souffert de troubles psychiques.

Genève, ses organisations internationales, ses banques et… ses psys. Pas moins de 1706 «soignants de l’âme», sont actuellement recensés par le médecin cantonal (lire ci-contre) . Leur nombre n’a cessé d’augmenter depuis ces quinze dernières années. Le canton a même la plus forte densité de psychiatres et psychologues réunis de Suisse, selon les spécialistes. Les Genevois seraient-ils plus perturbés qu’ailleurs?

«Cela surprend toujours des confrères étrangers de voir que ce canton-ville a même la plus grande densité de psys d’Europe», remarque le professeur Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de la prison de soins Curabilis. L’observation n’est pas forcément valable pour les autres disciplines médicales.

Comment expliquer cette forte densité? «La psychothérapie a un rôle privilégié en Suisse, où l’assurance de base prend en charge les frais, contrairement à d’autres pays, indique-t-il de façon générale. Quand elle est pratiquée par des psychologues, les séances sont remboursées aux patients pour autant qu’il y ait une prescription médicale.»

D’accord, mais pourquoi Genève se distinguerait de Bâle-Ville ou de Zurich? «Parce qu’ici, il y a une forte tradition pour la psychologie», rappelle-t-il. L’éminent Jean Piaget, auteur au XXe siècle de travaux sur le développement de l’intelligence chez l’enfant, a contribué au développement d’un pôle de compétences dans la ville du bout du lac.

Solitude urbaine

«Avec la Faculté de psychologie, les Hôpitaux universitaires de Genève, l’Office médico-pédagogique, beaucoup de psychologues sont formés dans le canton. Comme ils développent leur réseau ici, ils sont sans doute plus enclins à s’installer définitivement à Genève», détaille Loïc Deslarzes, président de l’Association genevoise des psychologues. Pour lui, «la constellation institutionnelle liée à la santé, à la sécurité et à l’éducation participe à la densité du nombre de professionnels».

Cette offre pléthorique créerait-elle les besoins? «Il est maintenant bien établi qu’en psychiatrie il n’y a pas de lien direct entre les besoins en soins, la demande exprimée et l’offre disponible», affirme le professeur Giannakopoulos. Genève a la particularité d’être une «ville frontière», souligne-t-il: «Elle accueille une forte population de passage – travailleurs frontaliers, des expatriés, des migrants – pouvant être précarisée dans le sens où elle dispose d’un faible soutien informel, familial ou amical.» Cette population mixte, intégrée en apparence, peut être touchée par la solitude urbaine.

Source La Tribune de Genève