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Suisse : Terrorisme, la demande de soins vient des personnes les plus vulnérables

le 23 septembre 2016

[Tribune de Genève] Le 11-Septembre a marqué un basculement dans une nouvelle ère du terrorisme. Depuis, et particulièrement ces dernières années, les attentats se succèdent en Occident. Mais pour les psychologues, ce contexte n'a pas pour autant une influence sur la santé mentale des Suisses.

«Des réactions liées à l'insécurité peuvent durer quelques jours, puis cela se tasse», résume Panteleimon Giannakopoulos, responsable de la prison-hôpital Curabilis à Genève. «La demande de soins provient des personnes les plus vulnérables, qui souffrent déjà de troubles», ajoute l'ancien chef du service de psychiatrie générale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

L'agoraphobie est une des peurs les plus apparentes depuis les attentats de Nice en juillet ainsi qu'après les attaques dans des discothèques comme à Orlando ou Fort Myers en Floride, précise encore M. Giannakopoulos.

Hypervigilance possible

«Il y a un continuum de réactions après un événement potentiellement traumatisant. Elles vont de manifestations légères, telles que des inquiétudes dans des situations qui rappellent l'événement ou des troubles transitoires du sommeil, à des syndromes graves comme l'état de stress post-traumatique», note Laurent Michaud, médecin associé au service de psychiatrie de liaison du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

«On peut aussi développer un état d'hypervigilance quelques jours durant», poursuit le spécialiste, pour qui le contexte d'attentats à répétition n'a qu'un impact marginal sur le nombre des consultations.

D'après M. Michaud, les patients sont avant tout des citoyens qui vivent en interaction avec leur environnement. Leurs inquiétudes fluctuent au gré de l'actualité, passant par exemple de la crise des réfugiés aux coûts de la santé.

Sentiment d'absurde

Pour ceux qui ne consultent pas, le climat anxiogène est «traité et métabolisé via les ressources propres à chacun», comme par exemple lors de la pause café, ajoute M. Michaud.

Cette faible influence sur la santé mentale des Suisses s'explique surtout par l'absence de proximité directe avec les attentats. «Un psy à Nice aurait certainement eu beaucoup de choses à raconter après le 14 juillet», note encore le spécialiste.

«D'un point de vue général, on peut faire l'hypothèse d'un déplacement du curseur de sécurité interne», nuance le médecin, en mettant en perspective les attentats successifs. «C'est une composante du traumatisme: la mort existe, on ne vit plus dans l'illusion que rien ne peut nous arriver», estime le spécialiste.

Source Tribune de Genève