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La Terrasse : "Une tragédie de l’imagination"

le 7 janvier 2014

De la convoitise à la violence puis à la folie du meurtre, Macbeth et sa Lady s’enfoncent dans leur destin comme dans une nuit sans sommeil, poussés par la fureur désespérée de l’ambition. La metteuse en scène Anne-Laure Liégeois s’aventure par les failles de l’intime au cœur de cette tragédie aux multiples facettes, révélant la contamination du chaos intérieur et de la sphère politique.

Pour décrire Macbeth, vous évoquez le célèbre autoportrait de Courbet, Le Désespéré , qui montre un homme jeune au regard effaré, comme terrifié par ses visions intérieures…

Anne-Laure Liégeois : Je vois en Macbeth une tragédie de l’imagination, plus que la personnification du mal. Valeureux et loyal guerrier, il a l’esprit fragile, hésite d’abord à trahir mais se laisse peu à peu gagner par la tentation du pouvoir, puis envahir par ses sombres fantasmes, jusqu’à vivre un cauchemar infini, une nuit noire peuplée de ses démons et des spectres de ses meurtres. Tout se joue dans sa tête. En proie à ses désirs, épuisé par ses passions, tiraillé par ses pulsions, Macbeth est pris d’hallucinations, qu’il tient pour vérités. S’ajoute la douleur de ne pas avoir d’enfant, c’est-à-dire pas de descendant à travers qui se perpétuer. Les sorcières, qui d’abord lui annoncent qu’il deviendra souverain puis qu’il ne périra pas tant que la forêt ne bougera pas, naissent de son imaginaire et sont l’incarnation de ses chimères. Il s’enfonce dans la maladie mentale, glisse dans la paranoïa, au point de perdre sa lucidité et de confondre la réalité et ses visions.

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