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Troubles des comportements alimentaires (TCA)

L’alimentation est une fonction vitale qui apporte les éléments nutritionnels indispensables à une bonne santé, en quantité et en qualité. Santé physique mais aussi psychologique, affective et sociale. Un équilibre doit être trouvé entre exigences personnelles, culturelles et métaboliques. L’alimentation est aussi une pratique sociale, familiale et culturelle qui permet à la personne de prendre une place dans son environnement.

Ceci explique :

Les travaux récents montrent que les TCA pourraient être liés à des processus biologiques ou à une vulnérabilité génétique. C’est pourquoi on tend à les rapprocher des conduites addictives (ex : toxicomanie).

Le nombre de nouveaux cas par an d’anorexie mentale de l’adolescent et du jeune adulte reste stable, mais on constate une augmentation des conduites anorexiques chez l’enfant, parallèlement à des pratiques alimentaires chaotiques et une augmentation préoccupante de l’obésité.

Classification des troubles psychiques

Il existe plusieurs façons de décrire les troubles psychiques. A l'heure actuelle, deux classifications internationales des diagnostics psychiatriques sont utilisés :

Elles proposent une description clinique de syndromes (ensemble de symptômes) mais ne tient pas compte de l’origine des symptômes, ni de la personnalité qui les accompagne. 

Anorexie mentale

L’anorexie mentale est une perturbation de la relation à l’alimentation, qui survient habituellement chez une adolescente ou une jeune femme, ou chez un adolescent ou un jeune homme (environ 1 garçon pour 10 filles), ou chez un enfant proche de la puberté.

Troisième maladie chronique chez l’adolescente aux États-Unis (après l’obésité et l’asthme), sa prévalence vie entière est estimée à 0,5 %. Son taux d’incidence est faible (1 à 2 ‰) chez les femmes et n’augmente pas (INSERM).

Symptômes (CIM-10):

À partir de quand faut-il s’inquiéter ?

  • La perte de poids se poursuit au-delà d’un poids de référence minimum.
  • Les préoccupations autour de la nourriture et/ou la forme du corps envahissent l’ensemble du fonctionnement psychique et des relations sociales.
  • Des signes secondaires apparaissent : disparition des règles, hyperpilosité…
  • Les préoccupations autour de la nourriture sont l’occasion, de conflits systématiques et violents avec l’entourage.
  • Des vomissements provoqués apparaissent.

L’anorexie peut apparaître seule ou accompagnée d’épisodes de boulimie, associés à une horrible sensation de perte de contrôle, de profond sentiment de culpabilité, de dépression et d’angoisses, suivis d’une purge des calories absorbées (vomissements, abus de laxatifs et de diurétiques).

L’anorexie survient souvent comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, à la suite d’une déception scolaire ou sentimentale, d’un deuil ou d’un régime amaigrissant commencé suite à une remarque «vexante» sur le physique de la personne. Un début plus progressif est également possible. Pendant un moment, ces symptômes passent inaperçus de l’entourage, qui a pu encourager le régime au début.

Puis, les conflits entre la personne et son entourage deviennent majeurs, celle-ci est décrite comme tyrannique, imposant ses volontés à sa famille, et elle-même décrit sa famille comme ne la laissant pas tranquille, l’épiant et ne pensant qu’à la faire manger.

L’anorexie mentale, ce n’est pas :

  • Un caprice alimentaire (engouement ou rejet de tel ou tel aliment),
  • Un manque d’appétit au cours d’une maladie ou suite à une contrariété,
  • Une dépression,
  • La caractéristique d’un « petit mangeur »,
  • Un régime normal, dicté par un désir de changement, où l’objectif est raisonnable et où le poids perdu amène satisfaction,
  • Une phobie de déglutition, c’est-à-dire la peur d’avaler, après un événement traumatique (fausse route, exploration fonctionnelle), qui s’accompagne de manifestations d’angoisse,
  • D’autres phobies alimentaires, en fonction de la couleur des aliments, de la peur de maladies, où une anxiété est toujours présente,
  • Un trouble obsessionnel compulsif, où la diminution de la prise d’aliments est liée à un besoin de contrôle permanent,
  • Un syndrome d'alimentaion élective, où tout changement amène une angoisse importante et conduit à une vie sociale rétrécie.

Boulimie

Sa prévalence serait de 1,5% de la population féminine (3-4 filles pour 1 garçon) et entre 1 et 3% de prévalence vie entière (Garfinkel et coll., 1995). En France dans une pré-enquête sur 3500 élèves menée dans la Haute-Marne, les préoccupations corporelles concernaient un tiers des jeunes filles ; 20% avaient des conduites de restriction alimentaire, 3% avaient des vomissements et près de 10% une crise de boulimie hebdomadaire.

Symptômes (CIM-10) :

Ce trouble à des points communs avec l’anorexie : préoccupation excessive par les formes corporelles et le poids. Les vomissements répétés peuvent provoquer des perturbations électrolytiques et des complications somatiques. Dans les antécédents on peut retrouver un épisode d’anorexie mentale, survenu quelques mois ou plusieurs années plus tôt.

Conséquences des TCA

La dangerosité de l’anorexie mentale est souvent sous-estimée, voire niée. Des sites Internet, des sectes et des personnes vantant les médecines parallèles valorisent même l’extrême minceur.

Conséquences immédiates

Conséquences à plus long terme

L’enfant ou l’adolescent anorexique est en danger, parfois pour sa vie et toujours pour sa croissance et son devenir d’homme ou de femme.

Origine des TCA

Il n’y a pas de cause unique mais des facteurs physiques, psychologiques, familiaux et socioculturels. Sans culpabilité ni reproches inutiles et nuisibles, il faut se poser les bonnes questions, pour tenter de voir si certains événements ont pu avoir un écho. Il faut réfléchir aux changements possibles dans l’accompagnement des soins de l’enfant ou de l’adolescent.

Peut-on éviter les troubles des comportements alimentaires ?
Quelques conseils simples peuvent aider à prévenir ces troubles :

  • Retrouver le plaisir des courses pour des repas variés,
  • Valoriser les repas, vrais moments de rencontre et d’échange, sans se focaliser sur la nourriture prise par l’enfant,
  • Éviter de proposer aux enfants des idéaux de réussite impossibles à atteindre, ou des contraintes éducatives excessives « pour leur bien ». Les aider à assouplir leurs exigences vis-à-vis d’eux-mêmes,
  • Se méfier des idées reçues sur le plan alimentaire,
  • Éviter d’encombrer les enfants avec les difficultés alimentaires ou de poids des adultes,
  • Respecter les désirs et les choix des enfants, pour les aider plus efficacement, en favorisant leur autonomie,
  • Favoriser pour l’enfant les loisirs et plaisirs partagés avec des enfants de son âge, l’aider à ne pas s’isoler,
  • Etre positif dans les exigences parentales, plutôt que d'assomer les enfants de critiques.

Prise en charge des TCA

Il faut en premier lieu consulter le médecin traitant habituel (généraliste ou pédiatre) qui fera le premier diagnostic, prescrira les examens nécessaires et conseillera sur le choix d’un confrère ou d’une équipe hospitalière. Il sera également le médecin de référence pour assurer le suivi.

Différents niveaux d'intervention

Organisation des soins

En ambulatoire (hors de l’hôpital) : Cela demande beaucoup de disponibilité pour assurer la coordination des soins. Cette prise en charge peut s’appuyer sur des hospitalisations à la journée, à un rythme dépendant de la gravité médicale et psychologique. Son intérêt est de fournir une unité de lieu et de coordination, sans couper le jeune de son insertion familiale, sociale et scolaire.

En hospitalisation dans les cas suivants :

Moment difficile, confirmant la gravité de la situation, l’hospitalisation doit s’appuyer sur une décision claire des parents, aidés par le médecin. Idéalement, elle doit se réaliser dans un service ayant une compétence dans le traitement de ces troubles.

Le contrat de soins, négocié avec la personne, engage aussi l’équipe soignante et les parents : c’est le fil conducteur des soins. Le soutien de l’ensemble de l’équipe, les diverses activités proposées (thérapeutiques, éducatives et scolaires), constituent un cadre aidant et dynamisant.

Dans certains cas il faut utiliser une assistance nutritionnelle médicale par sonde, car la personne est en danger, ou l’alimentation par voie naturelle trop difficile. Malgré son inconfort, ce mode d’alimentation apporte souvent un soulagement, tant les moments des repas peuvent être difficiles. L’alimentation par voie naturelle peut être progressivement réintroduite.

La surveillance médicale et infirmière doit être étroite dans les moments les plus difficiles d’opposition et d’angoisse, mais la coopération est toujours recherchée, des explications claires sont données à la personne et aux parents.

Après une hospitalisation, le retour à la vie normale se fait par étape, les retours à la maison sont progressifs. L’accompagnement en ambulatoire doit être suffisamment prolongé et solide, pour prévenir les rechutes et donner à tous la sécurité nécessaire pour aborder avec confiance une vie nouvelle.

Où s'adresser ?

Bibliographie utile

Rédaction

Dr Patrice Eche (pédopsychiatre, GPS Perray-Vaucluse) et Aude Caria (directrice Psycom) - Dernière mise à jour décembre 2016.