Désinformation sur la santé mentale : comment s'en prémunir ?

Publié le 30/03/2026 Société
Alors qu’une nouvelle étude souligne l’importance du phénomène sur les réseaux sociaux, médias, pouvoirs publics et citoyens s’interrogent sur les moyens de promouvoir une information de qualité.

« Guérir un traumatisme par l’écriture en une heure » ou « manger une orange sous la douche pour réduire l’anxiété» : ces méthodes d’auto-thérapie n’ont pas été validées scientifiquement, mais elles touchent un large public sur Tiktok. 

Parmi les nombreux contenus sur la santé mentale et les troubles du neuro-développement qui circulent sur les réseaux sociaux, plus d’un quart contiennent de fausses informations, selon une étude de l’université d’East Anglia au Royaume-Uni, publiée au mois de février. Plusieurs médias s’en sont fait l’écho, s’interrogeant sur les moyens à disposition de chacun pour ne pas subir ni participer à la désinformation. 

Dans l’étude, le taux de désinformation dans les contenus en anglais est très variable selon les sujets et les plateformes. Ainsi, les contenus sur l’anxiété et la dépression diffusés sur You Tube Kids (pour les jeunes) ne contiennent aucune affirmation trompeuse, inexacte ou non étayée. Mais, sur YouTube tout public, 57% des vidéos consacrées à la claustrophobie lors d’un IRM propagent de fausses informations. C’est sur TikTok  que la désinformation est la plus fréquente, avec 35% des publications concernées. Le taux monte à 52% pour les vidéos sur le TDAH et à 41% pour celles sur l’autisme.

Les chercheurs rappellent que la désinformation sur la santé mentale peut entretenir la stigmatisation, entraîner des discriminations et retarder le moment où les personnes concernées iront chercher de l’aide auprès de professionnels. 

À cela s’ajoute la tendance à l’autodiagnostic, encouragée par certains créateurs de contenus. Quand celui-ci est réalisé à partir d’une publication inexacte, le risque est notamment de « mal comprendre sa situation », écrit la journaliste Mélina Loupia sur le média Clubic. 

  • Lire l’article du  21 mars sur Clubic 

Des chercheurs français viennent de faire peu ou prou les mêmes constats que l’équipe britannique en analysant, cette fois, des publications en français. Leur étude, publiée en décembre 2025 et portant sur les vidéos TikTok, montre que 41% de celles sur l’autisme, 56% de celles sur le TDAH et 41% de celles sur la dyslexie sont de faible ou très faible qualité en matière d’information.

Les auteurs ont effectué des recherches par mots-clefs et se sont intéressés aux 45 premières vidéos proposées par l’algorithme sur chacun de ces troubles. Ils notent que les vidéos les plus qualitatives ne semblent pas susciter davantage d’engagement que les autres.  

En Grande-Bretagne, une enquête journalistique s’était déjà plongée l’an dernier dans les vidéos TikTok dédiées à la santé mentale. Selon le Guardian, 52% des vidéos TikTok les plus populaires sur la santé mentale étaient « problématiques » en raison d’approximations, de confusions ou d’intentions manipulatoires.

Le média britannique a collaboré avec des professionnels de santé pour analyser 100 vidéos proposant des « conseils pour la santé mentale », raconte le journaliste de France Culture, François Saltiel.

« La grande majorité des influenceurs emploient les termes médicaux comme anxiété ou trouble mental de manière interchangeable, ce qui a pour conséquence de sur ou sous-estimer les problèmes rencontrés par les utilisateurs », retient-il.

Le journaliste note aussi que « les expériences partagées par les créateurs de contenus donnent l’impression qu’ils possèdent la solution miracle pour résoudre les troubles » et souligne que « le récit d’un parcours individuel aussi sincère soit-il peut être totalement inopérant chez un autre profil ».   

En réaction aux études, les plateformes promeuvent leurs actions. « Nous travaillons avec des professionnels agréés de la santé physique et mentale pour faciliter l’accès à des informations fiables sur la santé », répond ainsi un porte-parole du réseau américain YouTube à Marta Iraola Iribarren, journaliste pour Euronews Health. Il indique aussi que la plateforme met en avant les vidéos provenant de sources « crédibles » lorsque les usagers font des recherches sur la santé.  

De son côté TikTok , interrogé sur la synthèse de l’université britannique, met en cause les chercheurs.  « Il s’agit d’une étude biaisée qui s’appuie sur des recherches obsolètes concernant plusieurs plateformes », déclare le réseau social chinois.

« En réalité, nous supprimons les fausses informations nuisibles en matière de santé et nous donnons accès à des informations fiables de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] », ajoute-t-il.

Un an plus tôt, TikTok avait réagi aux expériences menées par le Guardian, jugeant que leur étude s’opposait « à la liberté d’expression » en suggérant que ses utilisateurs « ne devraient pas être autorisés à partager leurs histoires individuelles », rapporte le quotidien Le Monde.

Selon Le Monde, cette « divergence d’appréciation […] démontre que TikTok semble minimiser l’aspect médical que peuvent revêtir les vidéos diffusées sur sa plateforme, lorsqu’elles se présentent comme des « astuces » pour mieux gérer des maux dont on souffre […] ou appréhender des troubles dont l’origine peut être neurologique ».

  • Lire l’article de 2025 sur le Monde

En France, le gouvernement a rendu public au mois de janvier sa stratégie de lutte contre la désinformation en santé. Ce plan prévoit notamment le renforcement de l’éducation critique à la santé dès le plus jeune âge.  

Dans la foulée de ce plan gouvernemental, un« Comité citoyen » s’est réuni pour remettre des recommandations lors de la 5e édition des Assises de « La lutte contre la désinformation en santé », en février.

Les 27 membres du Comité recommandent notamment de « privilégier la bonne information plutôt que combattre chaque désinformation ». Il s’agit, écrivent-ils, de proposer des contenus « utiles » pour répondre aux questions et aux inquiétudes « sans entretenir les polémiques ».

Pour diffuser efficacement ces ressources et toucher les personnes exposées à la désinformation, ils conseillent «d’occuper l’espace de la même façon que les influenceurs dans le domaine de la désinformation en santé, par le nombre de posts publiés sur les réseaux, en utilisant les mêmes codes ». 

CRÉDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE 

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec, Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)