La santé mentale et le numérique

Mise à jour : 21/08/2026
La santé mentale et le numérique
Grâce à nos téléphones et nos ordinateurs, nous accédons à des applis, des tchats ou des IA qui peuvent nous aider à prendre soin de notre santé mentale. A condition d'en connaître les risques, et de s'en prémunir au mieux.

Internet, applis, IA : comment en tirer le meilleur 

Le numérique change sans cesse, et avec lui, notre façon de prendre soin de notre santé mentale. Sur nos téléphones, nous téléchargeons des applications qui nous aident à retrouver notre calme dans une situation de stress. Avec internet et avec l’intelligence artificielle (IA), nous trouvons plus vite de l’information sur les questions qui nous préoccupent. Nous consultons notre psychothérapeute à distance, en visio. Nous échangeons sur les réseaux sociaux avec des personnes ayant rencontré les mêmes difficultés que nous. 

Ces outils peuvent avoir des effets positifs sur notre santé mentale. Grâce à la visio par exemple, nous pouvons être suivis par un ou une psychiatre même si son cabinet est loin de notre domicile. Grâce aux tchats et aux forums de discussion, nous pouvons à tout moment trouver du soutien moral auprès d’autres internautes. Et il n’est pas nécessaire d’être calé en informatique pour tirer parti de ces dispositifs.

Cependant, il y a de quoi être dérouté, avec les nouvelles fonctionnalités qui apparaissent régulièrement sur nos téléphones, les mises à jour fréquentes des logiciels sur nos ordinateurs ou nos tablettes, les bouleversements de l’IA. La technologie évolue en permanence, chaque outil a ses particularités. C’est pourquoi il est souvent utile de se faire guider, la première fois qu’on utilise un service, par des personnes familières de son usage. 

On peut par exemple s’inscrire à des ateliers ou des cours d’initiation à l’utilisation d’internet et des outils numériques. Des mairies ou des associations comme Emmaüs, avec ses espaces Emmaüs Connect, en proposent gratuitement.

Pour s’informer 

Le téléphone et l’ordinateur offrent la possibilité de trouver instantanément des informations sur la santé mentale, le jour comme la nuit. Derrière un écran, on peut rester anonyme. De cette manière, nous pouvons notamment nous renseigner sur des sujets tabous sans nous exposer au jugement ou nous dévoiler. Par exemple, on peut se renseigner pour savoir quoi faire quand on a des idées noires. Ou bien oser s’occuper de sa santé mentale même si on est un homme

Les personnes concernées par un trouble psychique peuvent, grâce au numérique, faire leurs propres recherches sur le diagnostic, les traitements, les structures auprès desquelles trouver de l’aide ou leurs droits. Elles gagnent en pouvoir d’agir (empowerment ou empouvoirement, selon la traduction proposée par le Conseil national du numérique) grâce à l’accès plus large à des informations scientifiques, à des témoignages et au partage d’expériences.

Pour s’entraider

Lorsque nous nous sentons isolés, nous pouvons suivre sur les réseaux sociaux des comptes de personnes ayant des points communs communs avec nous, lire leurs blogs, nous abonner à leurs chaînes vidéo. Nous pouvons échanger sur des forums de discussion ou sur les réseaux sociaux et ainsi, obtenir du soutien moral. Avec internet, on peut s’exprimer en gardant son anonymat ou sous pseudo. Cela permet d’aborder des questions délicates qu’on n’ose pas poser à son entourage.

Nous pouvons aussi intégrer une communauté virtuelle réunie autour d’un même centre d’intérêt, par exemple une problématique comme l’agoraphobie, ou bien l’envie d’organiser des sorties en forêt dans sa région. Le sentiment d’appartenir à une communauté favorise le bien-être. Être membre d’un groupe permet aussi l’entraide. Ces rencontres virtuelles peuvent d’ailleurs déboucher sur des rencontres dans la vie réelle. On trouve ces communautés via leur site internet, sur les réseaux sociaux, par exemple en faisant une recherche par thème sur les groupes Facebook. 

Quand on se sent moins bien

Le numérique peut aussi aider à nous apaiser, en évitant que notre anxiété grandisse ou que notre agitation augmente. On peut notamment se rendre sur des tchats. On y discute par messages ou textos avec des professionnels de l’écoute, des psychologues ou les bénévoles d’une association. Certains tchats sont spécialisés, s’adressant par exemple aux  jeunes, aux personnes vivant avec des addictions, aux personnes victimes d’homophobie. Nous avons recensé de nombreux tchats dont l’accès est gratuit sur la page de notre site Les lignes d’écoute

Sur le téléphone, des applis nous permettent de mieux réguler nos émotions où que nous soyons, à la maison, au travail ou dans les transports. On y trouve des exercices de respiration, de cohérence cardiaque, de relaxation. D’autres applis permettent de tenir un journal de bord et de surveiller, au quotidien, des facteurs qui influencent notre santé mentale comme la qualité de notre sommeil ou le niveau de notre activité physique. Nous avons recensé sur la page de notre site S’aider soi-même, des outils pour tous, des applis gratuites qui remplissent plusieurs critères de qualité et d’éthique. 

De nombreuses personnes utilisent des chatbots basés sur l’intelligence artificielle (comme Mistral ou ChatGPT) pour se confier et chercher des réponses à leurs interrogations. Il s’agit de robots qui peuvent, grâce à des programmes informatiques, tenir une conversation par messages. S’ils sont disponibles à toute heure du jour et de la nuit, ils ne peuvent pas répondre à des situations de détresse. Dans ces cas là, il est nécessaire de se tourner vers des professionnels de la santé mentale, seuls capables d’apporter un soutien efficace et sûr.

En cas d’urgence, composer le 3114 (disponible 24h/24, 7 j/7), qui est le numéro national de prévention du suicide. 

Des précautions à prendre

Certaines précautions sont nécessaires pour tirer le meilleur du numérique et ne pas mettre en péril notre santé mentale. En effet, l’utilisation d’internet, des réseaux sociaux, des IA ou des jeux vidéo peut vite devenir excessive, entraînant une perte de notre motivation pour les autres activités et un isolement. D’autres risques existent, comme le harcèlement en ligne ou le contact avec des mouvements s’apparentant à des sectes. Mieux les connaître aide à s’en prémunir. 

Limiter le temps passé sur internet

Il est parfois difficile de décrocher de nos écrans.  Ces outils déclenchent en effet des comportements compulsifs qui, à force, peuvent devenir nocifs. On qualifie un peu trop facilement ce phénomène de dépendance, par comparaison avec la cigarette ou l’alcool. En réalité, on ne sait pas encore si internet ou les jeux vidéo (voir notre revue de presse d’avril 2026) peuvent provoquer une réelle addiction. 

En France et en Europe, la loi évolue peu à peu pour contraindre les acteurs du numérique à revoir leurs règles d’accès et leurs algorithmes visant à nous garder connectés le plus longtemps possible. De notre côté, nous pouvons agir en limitant le temps que nous passons sur nos écrans et ainsi, préserver notre équilibre psychique. En effet, sur les réseaux sociaux notamment, beaucoup de personnes donnent une image idéale d’elles-mêmes, qui ne correspond pas à la réalité. A la longue, être témoin de ces vies en apparence parfaites peut générer des doutes sur sa propre valeur, une perte d’estime de soi et de l’insatisfaction.

De plus, consulter plusieurs heures par jour les réseaux sociaux exposerait davantage à des personnes postant des messages émotionnels, exprimant colère ou découragement. Cela peut entraîner une accumulation de sentiments négatifs et une augmentation de la dépression, selon certaines études scientifiques. 

Pour nous aider à reprendre le contrôle, nous pouvons :

  • créer une alarme sur notre téléphone afin de penser à nous déconnecter des réseaux sociaux au bout d’une heure
  • suspendre pour un temps notre compte Instagram ou Facebook  avec la fonction “faire une pause” ou notre compte Tik Tok en le désactivant (c’est temporaire) 
  • désactiver les notifications de nos applis sur notre téléphone pour ne pas être sollicités hors des moments choisis pour les consulter
  • décider d’endroits (la salle à manger) ou de moments dans la semaine (le samedi matin) où notre téléphone est banni, rangé dans un tiroir
  • passer l’écran de notre téléphone en noir et blanc pendant une semaine, pour le rendre moins attractif.
  • si nous sommes parents, se renseigner sur les moyens efficaces pour que nos enfants ne passent pas trop de temps sur les écrans (voir en fin d’article la partie “D’autres ressources”). 

Concernant les IA, elles consomment beaucoup de ressources, notamment de l’eau et de l’électricité. Si on est préoccupé par le dérèglement climatique, on peut ressentir de la culpabilité ou de l’anxiété à l’idée de les utiliser. Dans ce cas, on peut choisir de ne pas y recourir pour son usage personnel, par principe. On peut aussi limiter son utilisation au maximum. 

Par ailleurs, les écrans diffusent une lumière bleue que le cerveau interprète comme un signal d’éveil. Ne pas les utiliser dans les heures qui précèdent le coucher favorise l’endormissement

Se protéger des fausses informations

De nombreux internautes propagent ou relaient de fausses nouvelles (infox ou fake news), notamment sur les réseaux sociaux. Celles-ci peuvent, par exemple, cautionner un traitement en réalité inefficace. Très souvent, elle jouent sur nos peurs.  Lire ou écouter des informations inexactes peut fausser notre jugement et augmenter inutilement notre anxiété.  

Il est bon de garder du recul sur ce que nous lisons, écoutons ou voyons sur internet. Il y a de quoi se méfier quand une thérapie ou une technique est présentée comme un remède à tous nos problèmes, quand une personne se propose d’apporter à elle seule de nombreuses solutions, quand on nous suggère une cause unique à un problème compliqué. 

Les principaux médias en ligne ont créé une rubrique de vérification des faits, pour laquelle les journalistes enquêtent, afin de démêler le vrai du faux. On trouve ces rubriques en tapant dans un moteur de recherche des mots clés comme désinformation, infox, info intox. La rubrique “Factuel” de l’Agence France Presse, par exemple, permet de vérifier si telle ou telle nouvelle est une rumeur, ou pas.

Les réponses apportées par les IA demandent, elles aussi, à être vérifiées. Elles peuvent être approximatives, orientées ou fausses. Cette technologie a pour particularité d’inventer des faits, des chiffres ou des lieux, ce qu’on nomme des “hallucinations”, notamment lorsque les données manquent. Par ailleurs, les IA permettent de créer de toutes pièces des images, des sons ou des vidéos très réalistes. Ces faux sont de plus en plus difficiles à détecter, ce qui incite à la prudence. 

Prendre du recul

Des comptes sur les réseaux sociaux, des blogs ou des forums font la promotion de conduites à risques, par exemple des restrictions alimentaires pouvant favoriser les troubles du comportement alimentaire (TCA).  Leurs contenus contribuent à banaliser ou glorifier ces conduites. Face à ce type de messages, il convient de se poser des questions pour tenter de prendre du recul. Est ce que ce contenu me perturbe ? Qui est l’auteur du post, est ce que je peux lui accorder ma confiance ? On peut aussi partager le contenu avec son entourage pour recueillir des avis.

Par ailleurs, des tchats ou des forums sont parfois utilisés pour partager des méthodes suicidaires ou faire des pactes de suicide. Si on se trouve en situation de détresse, composer le 3114 (disponible 24h/24, 7 j/7) qui est le numéro de prévention du suicide, ou le numéro d’une ligne d’écoute pour obtenir du soutien.

Des pseudo-thérapeutes et des mouvements à risque de dérives sectaires utilisent aussi internet pour se faire connaître, propager leurs thèses et exercer leur emprise. En cas de doute, on peut se renseigner auprès d’associations comme l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadefi). 

Si on a eu eu une mauvaise expérience avec une appli ou un site internet dans le domaine de la santé mentale ou du bien-être, on peut le signaler (de manière anonyme) pour l’éviter à d’autres. En effet, une plate-forme Ethique du numérique en santé a été créée en 2023 au ministère de la Santé, pour recueillir les problèmes éthiques rencontrés par les utilisateurs. Voici quelques exemples de motifs : le manque de confidentialité concernant des données de santé, l’absence de transparence sur les frais prélevés par une plate-forme de rendez-vous en ligne.

De leur côté, les IA fonctionnent avec une technologie qui oriente leurs réponses. Il est utile de savoir dans quel sens, afin de pouvoir se faire son propre jugement. Les IA ont tendance à reproduire et amplifier les préjugés existants. Ils sont aussi portés à valider le point de vue de l’utilisateur, à lui donner raison.

Contrairement à un professionnel de la santé mentale, une IA ne nous dira pas ce que nous n’avons pas envie d’entendre, alors que c’est parfois ce dont nous avons besoin pour avancer. Par ailleurs, il est facile de se sentir compris par l’IA et d’oublier qu’il s’agit d’une machine, donc qu’elle n’a pas d’empathie. 

S’interroger avant de télécharger une appli

Certaines applications vont dans le sens de meilleurs soins en santé mentale. Cependant, très peu ont fait l’objet d’études scientifiques rigoureuses montrant leur efficacité et leur fiabilité. Par ailleurs, la plupart ne garantissent pas la confidentialité et la sécurité des données de santé qu’elles collectent, ni l’utilisation qui en est faite.

Faute de label de qualité pour nous guider, c’est à chaque personne de se poser des questions avant de télécharger une appli. Par exemple : Est-elle facile à utiliser ? Qui l’a développée ? Qui la finance ? Peut-on trouver des commentaires de personnes qui l’utilisent et qui confirment son utilité ? 

Actuellement, en France, il n’existe aucune structure officielle évaluant les applications mobiles dédiées à la santé. Le secteur des applications est un marché ouvert et non régulé, pour lequel les développeurs n’ont aucune obligation de validation scientifique. C’est donc à l’usage et au fil du temps que nous pouvons juger de l’utilité, pour nous, de telle ou telle appli. 

Se préserver de la violence en ligne

Le numérique peut nous exposer à des images, des vidéos, des messages ou des jeux violents. Cela peut engendrer, chez certaines personnes, une augmentation de la peur et de l’anxiété, des comportements violents, des pensées agressives et une insensibilisation à la violence lorsqu’elle survient dans le monde réel.

Si une personne pratique de façon excessive les jeux vidéo violents, l’entourage peut ouvrir la discussion sur la différence entre la violence à l’écran et dans la vie réelle. Des jeux vidéo dits pro-sociaux, qui mettent en avant des conduites d’aide envers autrui, peuvent être proposés. 

Avec le numérique, le risque existe de vivre des situations de harcèlement en ligne (cyberharcèlement), d’agression, d’intimidation, d’encouragement à des actes de violence. On peut aussi s’exposer à des contenus à caractère pornographique, comme des images, des vidéos ou des sextos (pratique consistant à envoyer des messages avec une photo ou une vidéo à caractère sexuel) – ou bien des contenus à caractère violent. De nombreux moyens peuvent cependant être utilisés pour limiter les mauvaises expériences

On peut par exemple activer un filtre sur Google ou installer un logiciel de filtrage sur notre ordinateur pour éviter de tomber, malgré nous, sur des contenus dérangeants. Sur Facebook, on peut configurer notre compte pour ne plus voir sous nos contenus les commentaires contenant des mots précis (mots clés). De manière générale, on peut se limiter à lire les publications des personnes ou de sites que l’on connaît, en évitant de taper des mots sur les moteurs de recherche ou d’explorer des mots dièses (hashtags). 

Sur les réseaux sociaux, on peut activer certains paramètres pour “bloquer” des personnes, c’est à dire ne plus recevoir leurs messages et les empêcher de nous contacter. En cas de malaise ou de conflit avec une personne lors d’une discussion en ligne, on peut solliciter les administrateurs du groupe, ou bien les modérateurs du forum, afin qu’ils interviennent pour une médiation.  

Garder la confidentialité

Il est important de ne pas diffuser des informations personnelles sur internet, comme notre lieu de résidence ou notre numéro de téléphone. Certaines personnes rencontrées en ligne ont de mauvaises intentions et souhaitent manipuler les autres à leur avantage. Elles peuvent chercher à obtenir de l’argent ou à abuser de notre confiance.

Les informations concernant notre santé, par exemple un traitement médical, un diagnostic de trouble psychique, le statut de personne handicapée, sont particulièrement sensibles. Les rendre publiques peut nous causer du tort. Aussi il est prudent de réfléchir aux conséquences possibles avant de décider, ou non, de partager certaines de nos “données de santé”. 

La plupart des applications proposent des fonctionnalités pour mieux se protéger, figurant généralement dans la section “confidentialité”.  Sur les réseaux sociaux, nous pouvons utiliser des pseudos (pas toujours le même) et paramétrer notre compte sur “privé”, ce qui permet de contrôler quelles personnes ont accès à nos publications. On peut aussi décider que notre localisation ne soit pas communiquée. 

Pour tous

Pour les parents

Cet article a été écrit par Estelle Saget (Psycom).

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Estelle Saget déclare ne pas avoir de liens d’intérêts avec des entreprises fabriquant ou commercialisant des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux, matériel médical, e-santé, marketing médical, etc.).