La prise de parole publique

Mise à jour : 05/11/2020
La prise de parole publique
Prendre la parole en public pour témoigner de son histoire personnelle avec des troubles psychiques peut aider à déconstruire certaines idées reçues sur la santé mentale. Mais comment faire ? Psycom a développé une méthode d'accompagnement à la prise de parole publique.

Agir contre les stigmatisations en santé mentale est un processus lent et complexe, qui nécessite d’écouter la parole des personnes concernées directement par des troubles psychiques. En effet, entendre des récits personnels aide à comprendre ce que c’est que de vivre avec des troubles psychiques, en évitant les généralisations et les stéréotypes.

Toutefois, prendre la parole pour déconstruire les idées reçues doit se faire dans des conditions précises, respectueuses de la personne qui décide de témoigner.

Les bonnes intentions, le désir de parler, le souhait d’aider d’autres personnes sont importants, mais ne suffisent pas.

Le réseau Psycom de personnes prenant la parole publiquement

Depuis 2014, Psycom anime un réseau d’une trentaine de personnes concernées par un trouble psychique et de proches. Elles souhaitent partager publiquement une partie de leur histoire de vie avec un trouble psychique, leur parcours de rétablissement, ou encore leur ressenti par rapport aux regards portés par la société sur ces problématiques.

Ces personnes témoignent la plupart du temps en co-animation avec un membre de l’équipe Psycom, dans différents cadres :

  • Congrès professionnels
  • Événement public
  • Actions de sensibilisation
  • Cours auprès d’étudiants et d’étudiantes
  • Échanges avec les médias (témoignages, interview, etc.).

Au fil du temps, nous avons identifié différentes façons de prendre la parole en public, adaptées aux situations et aux personnes qui témoignent, ainsi que’une méthode pour accompagner cette prise de parole publique. 

Qui participe à ce réseau ?

Des personnes concernées par un trouble psychique et qui s’inscrivent dans une démarche de rétablissement. Des proches qui s’expriment sur leur parcours et non sur celui de la personne de leur entourage concernée par le trouble psychique. Chaque personne a intégré le réseau à sa demande, en exprimant une envie de partager publiquement une partie de son histoire en lien avec un trouble psychique. Nombre d’entre elles prennent la parole pour transmettre une expérience qui pourrait aider d’autres personnes vivant des situations similaires.

Je prends la parole publiquement pour montrer que tout cela n'a pas été vécu pour rien et pour aider d'autres personnes à avancer plus vite.

Masha

Au-delà de l’objectif d’entraide, toutes les personnes ont à cœur de montrer ces problématiques sous un autre angle : celui du rétablissement et du chemin parcouru. L’envie de mieux faire connaître le vécu de ces troubles pour agir sur les regards négatifs portés sur eux et les personnes qui en souffrent, est une motivation commune à l’ensemble des personnes qui font vivre ce réseau.

Et c’est bien dans cet objectif que ce réseau a été pensé. Il vise à valoriser et transmettre le plus largement possible la parole, les savoirs et expériences des personnes concernées par un trouble psychique ; et à sensibiliser à la notion de rétablissement.

Un accompagnement sur mesure

Cette prise de parole est construite selon trois axes :

  1. Méthode : en structurant le récit selon des objectifs pédagogiques.
  2. Approche éthique : en questionnant un rapport égalitaire des savoirs professionnels et des savoirs d’expérience, en interrogeant les postures des uns et des autres, mais aussi la place laissée à chaque personne.
  3. Progression : il existe différentes formes de participation .

Chaque prise de parole est définie et co-construite avec la personne. Lors de la première rencontre sont abordés plusieurs points tels que :

  • ce que la personne souhaite dire ou non de son histoire et de son parcours,
  • dans quelles conditions (anonymat, à l’oral ou à l’écrit, filmé ou en direct),
  • dans quel contexte (cours, formation, action de sensibilisation),
  • face à quel type de public (grand public, étudiants, professionnels, médias).

Cette rencontre permet à la personne de faire connaissance avec Psycom, d’identifier les sujets qui lui tiennent à cœur (par exemple emploi, famille, implication associative) et de préciser les modalités d’intervention qui lui conviennent. La personne peut décider de partager son histoire ou un savoir acquis ou de contribuer à des réflexions à partir de son expérience personnelle.

Ces sujets pourront constituer le point de départ de futures prises de parole. C’est en fonction des éléments recueillis lors de cette première rencontre que sont envisagées des prises de parole adaptées aux souhaits et envies de chacune et chacun.

Les différentes situations de prise de parole

Partager son expérience face à un large public

Il peut s’agir de prendre la parole  dans un congrès professionnel ou dans un media (radio ou télévision).

Pour qu’un témoignage ait un impact positif pour la personne, mais aussi sur les représentations sociales du public, il est indispensable de le préparer et de le structurer.

Ainsi, nous accompagnons la personne dans l’élaboration de son témoignage afin qu’il soit entendu et intégré par l’ensemble de l’auditoire. Cette préparation aide à trouver le juste dosage entre le récit du parcours, des souffrances, des ressources, et le message que la personne souhaite transmettre (l’importance de travailler pour certaines, la nécessité d’oser s’exprimer face aux professionnels pour d’autres).

L’accompagnement proposé est mesuré. Il aide à préciser le cadre d’intervention et les objectifs de la prise de parole. Il ne s’agit pas de faire dire aux personnes ce qu’il nous semble être le plus pertinent.

Les personnes qui témoignent dans le cadre de notre réseau insistent souvent sur les bénéfices que cela leur procure. Le fait que leur expérience, leur savoir soient entendus, reconnus est (selon leur mot) “valorisant”, “gratifiant” et “contribue au fait de garder l’équilibre”.

Partager son expérience face à un public restreint

Ce second mode d’expression convient notamment aux personnes qui ne souhaitent pas être face à un large public, mais qui ont toutefois l’envie de partager leur expérience.

Plusieurs méthodes issues des sciences sociales (focus group, enquêtes qualitatives) permettent de recueillir cette parole pour l’intégrer à nos supports d’information ou dans des outils de sensibilisation. 

Par exemple, nous avons mené des focus groups de personnes concernées par différents troubles psychiques pour recueillir leurs expériences et leurs avis sur les droits en psychiatrie, ou sur les médicaments psychotropes. Les contenus recueillis ont largement contribué à l’élaboration du kit pédagogique Histoires de droits ou de brochures sur les médicaments psychotropes.

Concernant l’accompagnement, une fois encore il est finement adapté en fonction des personnes. Certaines peuvent accepter de participer à ce type d’enquête, sans pour autant que leurs propos soient rendus publics, même anonymement.

Enfin, même avec un fort désir de témoigner de son histoire en public et en ayant bénéficié d’un accompagnement, il est toujours possible qu’au dernier moment, la personne ne se sente pas la force d’affronter la situation. Ce choix est explicitement abordé lors de la préparation et totalement respecté le moment venu.

L’impact sur les idées reçues

En santé mentale, les idées reçues sur les diagnostics et les soins, mais aussi sur les capacités des personnes concernées, leur pouvoir d’agir, de travailler, d’aimer, d’avoir la meilleure vie possible, sont nombreuses et anciennes. Elles compromettent souvent la citoyenneté à laquelle toute personne a droit.

La déconstruction des idées reçues est une tâche ardue et lente qui ne peut se faire sans la participation active, pleine et entière des personnes qui subissent au quotidien les conséquences de la stigmatisation du fait de leurs troubles psychiques.

Il est donc essentiel que leur parole, leurs savoirs et expériences soient de plus en plus entendus, connus et reconnus par le plus grand nombre.

  • Prendre la parole pour déconstruire les idées reçues sur les troubles psychiques. Le savoir d’expérience pour agir contre la stigmatisation en santé mentale. Loubières C., Arfeuillère S. et Caria A. L’information psychiatrique, 2018/10 (Volume 94), pp 809 à 816.
  • Arfeuillère S., Loubières C. et Caria A. La stigmatisation en santé mentale : un héritage culturel à déconstruire. in Traité de réhabilitation psychosociale (dir. Franck N.). Ed. Elsevier 2018 ; pp 810-817.