Femmes et maires : quand les élues locales parlent de leur santé mentale

Publié le 16/03/2026 Politique
À l'approche du second tour des municipales, les médias se penchent sur la manière dont les mairesses contribuent à libérer la parole sur la charge mentale de leur fonction et le burnout.

[REVUE DE PRESSE] Le second tour des élections municipales se tient le 22 mars, et jamais les femmes n’auront été aussi nombreuses sur les listes. Si la parité est désormais imposée par la loi, les élues locales sont confrontées à davantage de difficultés que leurs homologues masculins, avec des conséquences sur leur santé mentale, comme rapporté dans les médias.

  • Regarder le reportage du 4 mars de Justine Faure sur TF1 

L’avancée dans la représentation des femmes pourrait cependant contribuer à libérer la parole des maires sur la santé mentale, tous genres confondus. Et à changer les mentalités en politique ? En effet, les fonctions de maire impliquent une charge mentale importante, de la pression, des horaires atypiques. Et ce sont les femmes qui en parlent le plus spontanément.

Plusieurs ont témoigné sur leur burnout. « Le maire est un réceptacle, il prend tout, est responsable de tout : de la collecte des déchets, de l’éclairage public, des trottoirs, on est dans la proximité et on reçoit les angoisses de la société » confie Delphine Labails, ancienne mairesse de Périgueux (Dordogne, 29 000 habitants) à la journaliste de France 3 Camille Michelland. Elle a démissionné après quatre ans d’un mandat qu’elle a malgré tout « adoré »

  • Lire l’article du 18 janvier sur France 3 et regarder la vidéo associée 

À Jouy-en-Josas (Yvelines, 8 000 habitants), Marie-Hélène Aubert a également quitté prématurément la mairie en 2025. « Beaucoup d’angoisse », décrit-elle à la journaliste de France 2 Christelle Méral. Elle attribue une part de sa grande fatigue à son genre, souvent perçu comme moins légitime pour exercer le pouvoir. « On se sent toujours obligées de justifier qu’on est capable de faire le job, donc on travaille trois fois plus », constate-t-elle. 

Le burnout frappe même dans les plus petites communes. À Coyviller (Meurthe-et-Moselle, 150 habitants), Florence Picard a dépensé toute son énergie à essayer de concilier sa fonction de mairesse avec son mandat de vice-présidente de la communauté de communes, son emploi de cadre et sa vie familiale. « J’étais maman solo, j’ai la charge des enfants, de faire tourner la maison […], explique-t-elle. Je suis restée un mois à la maison, complètement vidée». Elle a alors abandonné son autre mandat électif et trouvé un nouvel équilibre. 

Comme le souligne la journaliste Christelle Méral, « aujourd’hui, seules les femmes osent la transparence sur le burnout » alors que les hommes sont également touchés. Selon une enquête menée en 2024 par l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (AMF), le CNRS et Science Po, 83% des maires (hommes et femmes confondus) jugent cette fonction usante pour la santé et 64,8 % déclarent qu’il leur faut souvent penser à trop de choses à la fois.

Du côté des hommes, il est difficile d’en faire état en public. « La charge mentale déborde, témoigne ainsi, anonymement, le maire d’une commune de 9 000 habitants. […] J’aimerais qu’elle ne me pollue pas. […] Alors j’ai commencé une psychothérapie. Mais ça, c’est top secret, je ne le dis pas, je pense que ce serait mal vu ».

Beaucoup considèrent, comme lui, qu’en parler pourrait remettre en question leur compétence.  Ces maires y voient un « risque d’être stigmatisé comme incapable de remplir la fonction », écrivent les auteurs de l’étude Didier Demazière et Jérôme Pélisse. 

Confrontées au sexisme dans la sphère politique, les femmes peuvent peiner à faire entendre leurs voix. Ainsi, à Epernay (Marne), Christine Mazy a remplacé en 2023 le maire qui avait été élu conseiller régional. « Certaines personnes disent que j’ai été élue maire mais que c’est toujours [mon prédécesseur] Franck Leroy qui tire les ficelles. Aurait-on dit pareil pour un homme ?», se demande-t-elle face aux journalistes Nicole Fachet et Suzanne Josse. 

  • Lire l’article du 29 janvier 2026 sur France 3 

Selon une enquête menée en 2021 par le réseau Élues Locales, une femme sur trois a déjà pensé à abandonner la politique à la suite de comportements sexistes. Elles sont 48% à ne pas se sentir légitimes à leur poste.  

Le sexisme peut contribuer au fait que les femmes restent minoritaires dans les plus hautes fonctions. Seules 25% d’entre elles sont têtes de liste cette année pour les élections municipales. Selon l’index de féminisation du pouvoir de l’association Oxfam France, en 2025, elles représentaient plus de 40 % des élus municipaux, mais seulement 33 % des premières adjointes, 20 % des maires et 12 % des présidentes d’intercommunalités.

L’association relève aussi une répartition genrée des délégations. Dans les plus grandes villes françaises, 72 % des élus en charge des finances sont des hommes quand 94 % des élus en charge de la petite enfance sont des femmes. « Cette division sexuée des fonctions perpétue des stéréotypes anciens et limite l’accès des femmes aux postes décisionnels les plus influents », commente Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne Justice de genre au sein d’Oxfam France

Cumuler les forces, tout en féminisant, tel est le pari à Bréviaires (Yvelines). Alexia Barillon, 35 ans, et Leslie Jeudy Le Friec, 42 ans, se présentent en binôme pour exercer chacune leur tour les fonctions de maire et de première adjointe pendant six ans, en inversant les rôles à mi-mandat. 

« L’idée, c’est de répartir la charge sur toute la durée du mandat », explique Alexia Barillon à Simon Pierre, journaliste pour France 3. « On voit bien l’épuisement des maires dans beaucoup d’articles. On veut joindre l’utile à l’agréable et garder un équilibre de vie », complète Leslie Jeudy Le Friec. 

  • Lire l’article du 20 février 2026 sur France 3

 

CRÉDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec, Léa Sonnet (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec (Psycom)