Réseaux sociaux pour les moins de 15 ans : interdire ou réguler ?

Publié le 15/01/2026
Les parlementaires planchent sur deux textes visant à préserver la santé mentale des adolescents en leur bloquant l'accès aux réseaux sociaux. D'autres prônent davantage de règlementation pour les plateformes.

[REVUE DE PRESSE] Deux textes de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans sont actuellement examinés par le Parlement. Cette mesure, destinée à protéger la santé mentale des jeunes, suscite beaucoup de débats. Les adolescents y sont le plus souvent opposés, tandis que les experts s’interrogent sur l’efficacité d’une interdiction et sur sa pertinence éducative. 

Les effets négatifs des réseaux sociaux sur la santé mentale des 12-17 ans sont désormais avérés, comme l’établit l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans son rapport sur les “Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents” rendu public le 13 janvier. Les filles sont plus affectées que les garçons.  “46 % d’entre elles estiment que les réseaux sociaux dégradent leur estime de soi”, relève la journaliste du Point Caroline Tourbe.  Le sommeil est aussi affecté, détériorant la santé mentale.  

  • Lire l’article du 13 janvier sur Le Point

Concernant le développement de troubles psychiques, la causalité reste compliquée à établir. “Un adolescent ou une adolescente qui est déjà vulnérable psychologiquement aura tendance à consulter davantage les réseaux sociaux, explique Olivia Roth Delgado, coordinatrice du rapport. L’algorithme de présentation de contenus va détecter cette fragilité émotionnelle et lui présenter des contenus chargés sur le plan émotionnel. Et c’est là qu’il ou elle va se retrouver enfermé·e dans une spirale délétère”. 

Au centre commercial des Cordeliers, à Poitiers, Rose, 14 ans, utilisatrice de TikTok, Snapchat, Instagram, ne nie pas les effets négatifs : “Oui, ça rend addict un peu”, affirme-t-elle au journaliste d’Ici Poitou Julien Morceli. Mais elle imagine déjà un contournement de l’interdiction : “Moi j’utiliserais la carte d’identité de mon père.” Guilhem, 14 ans, y voit un avantage. “Moi je préférerais, en vrai, parce que même quand on est entre potes et qu’on regarde nos téléphones, on se parle moins, c’est pas fou…”.

Côté experts, les positions sont nuancées. Sylvie Chokron, neuropsychologue, directrice de recherche CNRS, explique au journaliste de France Culture Quentin Lafay : “On aurait envie d’avoir d’autres mesures qu’une interdiction”. Cependant, elle estime qu’une interdiction “peut aider les parents à s’appuyer sur des lois, pour offrir une éducation numérique raisonnée et permettre aux enfants de ne pas passer 8 heures par jour sur des écrans”.

De son côté, le psychiatre Serge Tisseron a coordonné un ouvrage sur cette question (Usbek & Rica et Robert Laffont, octobre 2025). Il estime que l’interdiction est une réponse trop simple à un problème complexe. Il faut “éviter un clivage entre les jeunes qui se sentiraient incompris, traités comme des imbéciles, et des adultes qui croiraient avoir tout compris sur les réseaux sociaux, alors que beaucoup de jeunes qui les pratiquent en savent plus qu’eux”, estime-t-il. 

  • Regarder son entretien en octobre 2025 par Uzbek & Rica sur Facebook

Le cas de l’Australie est scruté de près. Ce pays est devenu le 10 décembre 2025 un des plus stricts au monde en matière de réglementation des réseaux sociaux, interdisant leur accès aux moins de 16 ans. Selon le correspondant de RFI à Sydney, Grégory Plesse, 70% des parents australiens soutiennent cette mesure, mais moins de 30% d’entre eux se disent prêts à la faire respecter pour leurs enfants. 

  • Lire l’article du 11 janvier sur RFI 
  • Regarder l’émission du 10 décembre 2025 sur France 24

Les Français, en tout cas, souhaitent une plus grande régulation des plateformes, pour les jeunes mais pas seulement. Un sondage Ipsos pour Le Parisien et Radio France indique que 9 Français sur 10 jugent la régulation des plateformes indispensable ou importante, relève la journaliste de BFM TV Salomé Ferraris. De plus, 79% sont en accord avec la proposition : “il faut contrôler les plateformes digitales pour lutter contre les abus (haine, violence, manipulation) au risque de la censure”.

  • Lire l’article du 16 janvier sur BFM TV
  • Lire l’étude sur le site de Ipsos

Déjà, l’été dernier, 20 jeunes de 12 à 18 ans réunis par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) sur la question de leur santé mentale, avançaient des propositions alternatives à l’interdiction, comme “sensibiliser les parents aux impacts des réseaux sociaux”. Ils réclament aussi plus de régulation pour les plateformes, recommandant de “contrôler les contenus : censurer les contenus inappropriés, en application de la loi, et prévoir des sanctions suffisantes pour les entreprises du numérique“.

CREDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Clémence Kerdaffrec, Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Clémence Kerdaffrec et Estelle Saget (Psycom)