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Figaro : Pas de pilule miracle pour guérir de l’addiction à l’alcool

le 6 octobre 2017

Les médicaments indiqués dans la réduction de la consommation, comme le baclofène ou le nalméfène, apparaissent peu efficaces.

Pendant des années, se soigner pour une dépendance à l’alcool impliquait de ne plus boire une goutte d’alcool. Aujourd’hui, de nombreux médecins proposent une autre stratégie de prise en charge: la réduction de consommation.

Ce concept a été porté par la vague de fond baclofène. Cette molécule, toujours en attente d’une autorisation de mise sur le marché en France et qui continue à défrayer la chronique, a été rejointe il y a quelques années par un médicament spécifiquement indiqué dans la réduction de la consommation: le nalméfène. Or l’efficacité de ces molécules vient d’être remise en question par une étude publiée dans la revue Addiction.

Dans cette dernière, les chercheurs français ont analysé les données de la littérature pour évaluer tous les traitements de l’alcoolodépendance (même ceux n’ayant pas l’indication) dans cette stratégie de réduction des consommations. «Les preuves que nous avons sont insuffisantes pour utiliser ces médicaments dans une optique de réduction des risques. En effet, toutes les études menées évaluaient la diminution de consommation mais ne permettaient pas de mesurer l’impact de ces traitements sur les risques physiques ou psychologiques associés à la consommation d’alcool. Or c’est bien ce qui importe», explique le docteur Florian Naudet, l’un des auteurs de l’étude. Pire, pour le baclofène, les auteurs soulignent, outre l’efficacité incertaine, des signaux inquiétants sur la sécurité du médicament utilisé à haute dose. 

Faut-il pour autant se passer des médicaments? Deux écoles s’affrontent sur la question. «Nous savons que les médicaments n’aident pas ou très peu. La prise en charge de la maladie alcoolique doit être avant tout psychosociale», affirme le docteur Alain Braillon, médecin à l’unité d’alcoologie au CHU d’Amiens. D’autres spécialistes sont plus nuancés. «Aucune maladie comportementale ne se traite par une approche exclusivement médicamenteuse. C’est aussi absurde de ne jamais donner de médicament que d’avoir une approche magique de ces traitements de l’appétence», estime le professeur Michel Lejoyeux, psychiatre addictologue à l’hôpital Bichat à Paris. Car, ce qui compte face à l’emprise de l’alcool, c’est la motivation. Et, pour certains patients, une aide pharmacologique peut se révéler motivante. Mais pas pour tous. Loin de là. «Il y a des patients chez qui le nalméfène n’a aucun effet, d’autres ne le tolèrent pas. Par ailleurs, comme il faut prendre le comprimé deux heures avant le moment où l’on va boire, il n’évite pas toutes les alcoolisations impulsives qui sont nombreuses», indique le docteur Philippe Batel, vice-président de SOS addictions.

L’approche médicamenteuse n’est pas le seul point d’achoppement entre les médecins qui prennent en charge les malades de l’alcool. Ils sont partagés sur la stratégie même de réduction de consommation. «Tout d’abord, l’alcool n’est pas qu’une drogue, c’est aussi un carcinogène, les risques de cancer augmentent dès le premier verre! De plus, une personne dépendante ne peut pas diminuer sa consommation sur la durée. Sinon, elle ne serait pas dépendante», affirme le docteur Alain Braillon. Une opinion qui n’est pas isolée.

Source Figaro