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Figaro : Pourquoi le blues du dimanche soir ?

le 30 novembre 2016

[Figaro] Tout le monde n’a pas la même vie et pourtant à peu près la moitié des gens en font l’expérience... Un psychiatre s’est penché sur les raisons plurielles de cette «mélancolie» dominicale. Avec quelques solutions à la clé.

Languissant et maussade ou délicatement oisif, trop empli des procrastinations de la semaine ou délicieusement trépidant, déjà pesant de la semaine à venir ou lourd de la fin d’un joli week-end... Le dimanche, brèche dans la marche de notre temps, ne fait pas toujours notre bonheur. Dans Vaincre le blues du dimanche soir (Hachette santé), le Dr Florian Ferreri, psychiatre, et Gautier Bouchaud, professeur des écoles, nous proposent leurs solutions contre ce vague à l’âme chronique.

Comment vous est venue l’idée de cet ouvrage ?

Au départ, c’était un peu une boutade. Des amis m’ont lancé: «Dis-donc, toi qui est psychiatre, tu ne pourrais pas nous expliquer la morosité du dimanche?» En interrogeant mon entourage et mes patients, je me suis aperçu que près de la moitié des gens me disaient: «Le dimanche, c’est horrible», «Quand j’étais petit, c’était un calvaire», «Mon conjoint est excécrable ce jour-là»... À ma connaissance, aucun travail scientifique n’a été mené sur ce thème, mais plusieurs sondages ont été réalisés. Ils retrouvent toujours à peu près 50% de gens qui sont ou ont été touchés par ce blues du dimanche soir.

Vous-même, êtes-vous sujet au blues du dimanche ?

Je ne le suis plus, mais ne y repensant, je me souviens de tous ces rituels familiaux dans mon enfance qui me disaient: «Il va falloir clore le chapitre, recommencer une nouvelle semaine». Mon co-auteur a été un «blueseux» terrible pendant toute sa scolarité! Il m’a raconté des dimanche après-midi entiers à être las, à traîner ses savates dans la maison... Les enfants sont particulièrement touchés car ils vivent beaucoup plus que les adultes dans un rythme imposé, le dimanche comme le reste de la semaine, et ils peuvent avoir le sentiment de toujours subir sans jamais être décisionnaire.

Quelles sont les causes de cette «mélancolie» dominicale ?

Certains s’organisent mal au début du week-end, et réservent au dimanche les choses contraignantes. Ils repoussent les corvées et, au final, la perspective du dimanche soir est peu réjouissante.

Il existe aussi des gens qui supportent mal le changement de rythme. Le dimanche décale un peu trop leur rythme de vie, ils ont du mal à démarrer la journée, sont encore en pyjama à midi... A mesure que la journée avance, ils s’aperçoivent qu’il leur reste beaucoup de temps pour s’ennuyer mais plus assez pour faire quelque chose. Et le soir venu, au lieu de se coucher pour démarrer la semaine en forme, ils continuent à traîner devant la télé.

D’autres personnes, un peu anxieuses, sont préoccupées dès le dimanche après-midi par les choses qu’ils auront à faire la semaine suivante. Ils sont dans un entre-deux: ils gâchent leur journée en ne pensant qu’au lundi, mais ne règlent pas vraiment les problèmes.

D’autres, enfin, ont du mal à faire le «deuil» du week-end. Cela n’est pas forcément lié à l’intérêt de ce que l’on va faire le lundi. Il y a des gens qui adorent leur boulot et qui pourtant vivent douloureusement le dimanche.

Y a-t-il des solutions ?

D’abord, il faut bien analyser le problème car les solutions pour s’en sortir ne seront pas toujours les mêmes. Avec les enfants, on peut regarder dès le vendredi soir quels seront les devoirs à faire, pas pour s’y mettre tout de suite mais pour éviter de tout faire à la dernière minute. Mieux vaut consacrer le dimanche soir à un jeu de société en famille, pour clore le week-end en beauté. Ceux qui ont du mal à démarrer leur journée peuvent mettre un réveil (jusqu’à deux heures plus tard qu’en semaine, mais pas plus). Et il faut être vigilant aux tensions qui peuvent naître quand le couple, ou les parents et leurs enfants, ne vivent pas leurs dimanches au même rythme.

Le blues du dimanche peut-il être le prélude à un mal plus profond ?

Le blues du dimanche peut être un mal-être très profond, pas grave en soi mais suffisant pour pourrir l’ambiance! Mais il ne faut pas le confondre avec d’autres déréglements brefs de l’humeur. Par exemple, le syndrome dysphorique prémenstruel, qui touche certaines femmes, peut par hasard tomber un dimanche. Il ne faut pas non plus passer à côté de troubles plus graves, comme une dépression: certaines personnes disent «le dimanche, ça ne va pas», mais en réalité ça ne va pas beaucoup mieux les autres jours. La dépression, c’est quelque chose qui envahit la personne concernée tous les jours; mais elle peut consacrer tellement d’énergie à paraître en forme au travail tout au long de la semaine, que le dimanche, elle s’écroule, épuisée.

Source Figaro