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Figaro : Quand l’accouchement se vit dans la violence

le 4 mai 2017

[Figaro] Humiliations, gestes brutaux et actes médicaux imposés: de plus en plus de femmes prennent la parole pour dénoncer les «violences» vécues pendant leur accouchement. Si leurs témoignages sont terrifiants, ce phénomène reste difficile à quantifier.

«La pire douleur de toute ma vie», c’est ainsi que Nina, une jeune femme de 30 ans résidant à Bayonne, se souvient du jour où elle a donné naissance à son petit garçon. Un soir de mars 2016, alors que son terme est dépassé de quelques jours, le gynécologue-obstétricien de garde décide de provoquer l’accouchement.

Le lendemain matin, le médecin constate que le travail n’a toujours pas commencé. «Il s’est approché de moi et, sans me prévenir, il a introduit ses doigts dans mon vagin», raconte Nina, qui lui demande avec insistance d’arrêter tant la douleur est forte. «J’ai réussi à ouvrir votre col !», s’écrie-t-il. Les contractions commencent, Nina manque de tourner de l’œil. On lui pose l'anesthésie péridurale et, vers 21 heures, la future maman s’installe sur la table d’accouchement. En 24 heures, on ne lui a proposé ni eau, ni nourriture. Une interdiction qui n'a plus cours dans certaines maternités aujourd'hui. 

«J’ai senti ma chair être coupée»

«Je ne sens plus les contractions, je ne sais pas quand il faut pousser !», dit-elle à la sage-femme. Voyant que le bébé ne sort pas, une personne se met à lui appuyer sur le ventre, poussant la tête du bébé vers le bas. La douleur irradie la jeune femme. Le médecin dit : «Bon, ça ne sort pas, on prend la ventouse». Il tire plusieurs fois, sans succès. Il s’empare alors des forceps et prévient : «Je coupe!». Nina plaque ses mains sur son vagin en criant «Non ! Non !». La sage-femme lui attrape les mains tandis que le médecin réalise l’épisiotomie, un acte chirurgical qui consiste à sectionner partiellement le périnée des femmes au moment de l’expulsion. «L’anesthésie par péridurale ne devait probablement pas faire effet à cet endroit-là car j’ai senti ma chair être coupée», se rappelle la jeune femme. Crucifiée par la douleur, elle hurle tout en poussant.

Le bébé finit par sortir, il est rapidement emmené par une sage-femme. Nina se retrouve seule avec le gynécologue, qui, derrière le drap tendu, se met à tirer sur le cordon du placenta. «Je sentais que je perdais beaucoup de sang», raconte Nina. «Je lui ai dit que j’avais l’impression de me vider». D’un ton sec, le médecin lui répond qu’il ne peut pas faire deux choses à la fois. Il se met alors à appeler les sages-femmes et l’anesthésiste en criant.

«Mauvaise mère»

L’anesthésiste n’arrivera jamais. «Tant pis, on n’a pas le temps», peste le spécialiste. Nina est en train de faire une hémorragie de la délivrance, il doit faire une révision utérine. «Ils m’ont posé une perfusion pour me shooter et le gynécologue a introduit sa main dans mon utérus pour aller chercher les bouts de placenta. Je sentais tout, c’était affreux, horrible», dit-elle, pleine de larmes.

Le lendemain, une autre équipe l’aide à se lever. C’est à ce moment-là qu’elle découvre que son vagin est déformé par un «énorme œdème» (gonflement) dû à l’épisiotomie. Elle ne peut plus ni s’asseoir, ni marcher. Pendant plusieurs jours, elle n’a pas la force de s’occuper de son enfant. «Un pédiatre est venu dans ma chambre et c’est comme s’il me reprochait d’être une mauvaise mère», se rappelle Nina.

Même si plus d’un an s’est écoulé depuis son accouchement, Nina n’a toujours pas “digéré” la manière dont elle a été prise en charge : «On ne m’a jamais expliqué pourquoi les choses se sont passées comme cela. La clinique ne m’a proposé aucun suivi psychologique ou médical.» 

Source Figaro