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France Culture : "Blue monday" : portrait chimique de votre cerveau déprimé

le 7 avril 2017

[France Culture] 16 janvier : c'est le "Lundi blues", ou "Blue monday" ! Les fêtes sont passées, les jours sans lumière se succèdent, et le salaire du mois n'est pas encore tombé. Bref, l'heure est à la déprime. Mais… que se passe-t-il dans le cerveau quand on est déprimé, ou, plus grave, dépressif ?

Il fait froid, gris, les derniers feux de Noël se sont éteints, le salaire du mois, pas encore tombé... Peut-être avez-vous récemment essuyé une difficile rupture amoureuse, ou souffrez-vous d'un ras-le-bol professionnel persistant... quoiqu'il en soit, l'heure n'est pas forcément à la joie. Elle est peut-être même à la déprime, ou, plus grave, à la dépression. Au point qu'en 2005, une campagne publicitaire britannique a misé sur la morosité ambiante de cette période de l'année pour décréter que le troisième lundi de janvier était le jour le plus déprimant. Le "Blue Monday" ("Lundi blues.") était né. Théorie marketing amusante, sans être très rationnelle... mais belle occasion de décrypter, sciences à l'appui, les mécanismes cérébraux qui vous font broyer du noir.

Ressentir des émotions négatives est parfaitement normal. Ces dernières sont même indispensables au bon équilibre de notre psychisme, à la construction de notre parcours de vie. Le psychiatre Christophe André soulignait cette "visée adaptative " des émotions, dans une émission d'août 2014 portant sur la dépression ("Le sens des choses", par Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini) : "Sans la tristesse nous ne serions pas amenés à réfléchir à des conditions de vie plus satisfaisantes, sans la peur, nous serions passés depuis longtemps outre-tombe. "

Mais très souvent, cet équilibre précaire est mis à mal : les émotions désagréables affluent, prennent le pas sur les agréables. Tout le système est dérégulé... et c'est autant cet afflux d'émotions négatives qui pose problème, que la disparition ou la raréfaction des émotions positives, qui permettent en temps normal d'ouvrir sa "focale attentionnelle " :

"La finalité des émotions positives c’est très certainement aussi de nous aider à survivre de la meilleure façon possible en nous aidant à nous tourner vers les ressources, à chercher des instants agréables, en nous poussant finalement à ouvrir notre focale attentionnelle. (...) Et ce qu’on voit, c’est que les émotions négatives ont tendance à rétrécir la focale." Christophe André

Chaque émotion est effectivement associée à un "programme comportemental automatique "... Et celui afférent à la tristesse n'est autre que le repli. Cercle vicieux...Ces émotions négatives deviennent pathologiques lorsqu'elles provoquent un degré de souffrance subjective, perceptible par la personne, et entraînant des troubles de son comportement.

"La tristesse nous force à ralentir parce qu'en général elle se déclenche après un événement douloureux qui nécessite qu'on se repose, qu'on réflechisse, qu'on récupère (...) Mais lorsque ces programmes vont trop loin, on n'est plus juste dans la pause que nous nous accordons lorsque nous sommes tristes, mais dans un repli et une inaction totale liée à une maladie dépressive, donc intensité de la souffrance, et répercussion sur les comportements quotidiens." Christophe André

La réaction émotionnelle devient inadaptée au contexte ; il y a absence de réactivité : "Comme le disait Bashung, les déprimés font la joie des enjoliveurs. On essaye de les réconforter, on essaye de les rendre joyeux, et en fait on n'y arrive pas parce qu'il y a une perte de cette réactivité ", explique le psychiatre et chercheur à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière Philippe Fossati, lui aussi invité de cette émission de 2014.

Source France Culture