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Huffington Post : Les troubles mentaux ne sont pas des fictions !

le 13 octobre 2016

[Huffington Post] On sait peu de choses sur la manière dont sont compris, vécus, ressentis, les troubles mentaux dans la population.

Dépression, anxiété, hyperactivité, schizophrénie, autisme, addiction, stress post-traumatique, hypocondrie, anorexie, pyromanie, trouble explosif intermittent, paraphilie... Les termes utilisés pour désigner les troubles mentaux sont nombreux. Selon les classifications utilisées, on peut en dénombrer plusieurs centaines bien que concrètement on peut les regrouper en un nombre limité de grandes catégories (troubles de l'humeur, de l'anxiété, du développement, des apprentissages, de la personnalité, de la sexualité, de l'alimentation...).

Au delà des débats d'experts sur la catégorisation plus ou moins fine de ces troubles, le consensus reste qu'un nombre important de personnes en souffre. Selon les chiffres communément admis, 1 personne sur 4 présentera l'un de ces troubles au cours de sa vie, durant une période plus ou moins longue, de quelques semaines à de nombreuses années, avec d'importantes conséquences. Les troubles mentaux sont, dans les pays industrialisés, la deuxième cause d'années de vie passée avec un handicap et ils sont l'un des principaux facteurs de risque de suicide (en France plus de 10.000 morts par an, et 200.000 tentatives).

Les troubles mentaux ne sont pas des fictions. Souffrir d'une dépression sévère, c'est être incapable de penser, ne pas pouvoir planifier quelques minutes en avance, penser à la mort ou à se tuer plusieurs heures par jour, ne plus éprouver aucun plaisir, perdre son attachement à ses enfants, ses amis, ne plus dormir... Avoir un trouble anxieux généralisé grave, c'est être terrorisé en permanence, penser que ses proches ont eu un accident mortel parce qu'ils sont en retard, craindre en permanence le pire, subir les affres physiques de l'angoisse extrême. Avoir un trouble psychotique, c'est sentir son corps se fragmenter, sa perception se désintégrer, entendre des voix imaginaires proférer des insultes, sentir sa volonté et ses désirs se déliter. Être hypocondriaque, c'est vivre dans la terreur permanente d'avoir une maladie grave, consulter pour la découvrir des dizaines de médecins, faire des centaines d'examens, interpréter chacun de ses signes corporels comme une preuve de la maladie non découverte, avoir la totalité de sa conscience envahie par l'obsession médicale au point de ne plus pouvoir vivre.

Ces multiples troubles dont on prétend parfois qu'ils sont inventés par une société intolérante dans l'unique but d'exclure les personnes différentes ou par les laboratoires pharmaceutiques dans le seul but de faire du profit en vendant des psychotropes, font pourtant réellement souffrir, souvent atrocement, ceux qui les subissent. Ils peuvent parfois en mourir. Dans tous les cas, leur vie en est gravement affectée, ainsi que celle de leurs proches.

Par ailleurs, ce que nous pensons de ces troubles et des personnes qui les subissent peut empirer leurs situations. Les conséquences pour les personnes de ces représentations péjoratives sont : l'exclusion de la vie sociale, la dégradation de leurs relations et la diminution de leur estime personnelle. Les préjugés peuvent ruiner leurs espoirs de trouver des solutions thérapeutiques ou les précipiter dans la consommation de substances inefficaces voire dangereuses. Mal informé, l'entourage peut aussi s'épuiser et perdre espoir jusqu'à se détourner de leurs proches en souffrance.

Les troubles mentaux ne sont pas des fictions, mais les noms que nous leur donnons et la manière dont nous les classons ne sont que des raccourcis commodes. Ces étiquettes sont limitées et limitantes pour parler de problématiques particulièrement complexes dans lesquelles s'entremêlent des processus biologiques, psychologiques, contextuels, environnementaux et sociaux. La tendance à la déconstruction de ces catégories psychiatriques traditionnelles est aujourd'hui massive dans la recherche scientifique de pointe. Plutôt que de continuer à classer les personnes dans des catégories grossières dans lesquelles elles ne rentrent jamais, et qui servent de support à des stratégies thérapeutiques inadaptées et peu efficaces car trop générales, la tendance est aujourd'hui à une psychiatrie personnalisée, à des approches singulières qui cherchent à comprendre les mécanismes générateurs de souffrance spécifique à chacun et à chaque situation afin de proposer des interventions complexes et sur mesure.

Source Huffington Post