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La Croix : Maladies psychiques, la violence des stéréotypes

le 7 septembre 2017

Mardi 5 septembre, le quotidien La Provence a publié à sa Une un titre évoquant les « barjots et les schizos », provoquant l’indignation très vive des associations. Selon une étude récemment menée sur le traitement médiatique de la schizophrénie, la maladie est souvent évoquée à propos des faits divers ou pour dénoncer des comportements manipulateurs. Très loin de la réalité médicale

Le poids des mots… Et la violence des stéréotypes. Mardi 5 septembre, le quotidien La Provence a publié une enquête sur le manque de moyens dévolus au suivi des personnes atteintes de maladies psychiatriques. Un dossier complet et bien documenté mais annoncé à la une du journal avec un titre sidérant.

« Les barjots, les schizos et les autres… Comment la société les gère ». Ce titre, auquel n’ont pas contribué les auteurs du dossier, suscite une vive émotion dans les associations. « Il est stigmatisant et d’une violence terrible pour les familles et les personnes concernées », s’insurge Béatrice Borrel, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam).

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) de La Provence a indiqué réprouver « avec la plus grande fermeté l’usage de ces titres faussement racoleurs et insultants vis-à-vis de personnes en souffrance ».

Lutter contre la stigmatisation

Un message qui mettra peut-être un peu de baume au cœur de Fabienne Blain, membre fondatrice de l’association Promesses, qui réunit des familles et des personnes touchées par la schizophrénie. « Je suis atterrée par ce titre qui désigne à la vindicte publique des personnes en souffrance. Et véhicule des stéréotypes sur la supposée dangerosité des malades psychiques », explique-t-elle.

Cela fait plusieurs années que cette association se bat contre la stigmatisation. C’est avec cet objectif qu’elle a mené en 2015 une étude sur « l’image de la schizophrénie à travers son traitement médiatique ».

Conduite par l’Observatoire de la société et de la consommation (Obosco), cette enquête a consisté à décortiquer tous les usages des mots « schizophrénie » ou « schizophrènes » dans quatre quotidiens nationaux – dont La Croix  –, trois hebdomadaires et la presse régionale.

La construction d’une « image du monstre »

La façon dont les journaux parlent de la maladie n’est en effet pas anodine. « Le corpus médiatique, en tant que reflet et influenceur de l’opinion publique, tient un rôle structurant dans l’acceptation et l’intégration sociale de la pathologie », souligne l’étude.

Premier constat : nombre d’articles évoquent la schizophrénie à l’occasion de faits divers. « L’analyse du contenu des articles judiciaires montre la construction assez systématique d’une image du monstre , ou comment la violence d’un meurtrier se confond avec une caractéristique supposée de la schizophrénie », indique l’étude, en rappelant que seulement 0,2 % des crimes sont commis par des personnes atteintes de schizophrénie.

Très souvent, le terme « schizophrénie » est utilisé dans un sens métaphorique pour évoquer la contradiction, l’ambivalence ou une personne tenant un double discours. Cela est particulièrement fréquent dans les rubriques politiques. L’étude relève par exemple un article consacré à François Hollande quand il était à l’Élysée.

Source La Croix