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La Croix : Souffrance psychique, une expérimentation pour prendre en charge les jeunes, par des psychologues remboursés

le 4 novembre 2016

[La Croix] Les députés ont voté jeudi 27 octobre la mise en place d’une expérimentation visant à permettre à des psychologues libéraux de recevoir des jeunes de 6 à 21 ans pour des séances remboursées par la « Sécu ». Un projet qui suscite la fronde des psychiatres.

Comment permettre aux enfants et aux adolescents en souffrance psychique d’avoir une prise en charge précoce ? Cette question est au cœur d’une expérimentation votée en première lecture jeudi 27 octobre à l’Assemblée nationale en soirée dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Présentée par le gouvernement, cette expérimentation vise à permettre la prise en charge de jeunes de 6 à 21 ans par des psychologues de ville avec un remboursement par l’assurance-maladie.

Une petite révolution plutôt mal accueillie par les psychiatres. « Notre but n’est pas d’opposer les professions entre elles, affirme Michèle Delaunay, députée socialiste de Gironde et rapporteure du texte. Nous souhaitons trouver une solution au problème des listes d’attentes souvent très longues dans la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. »

Un tiers des 6-18 ans se sent en difficulté psychoaffective

Lors du débat, Marisol Touraine a cité une enquête de l’Unicef réalisée en 2014 auprès de plus de 11 000 jeunes. « Plus d’un tiers des 6-18 ans se sent en difficulté psychoaffective et 50 % des plus de quinze ans expriment des sentiments de mal-être » , a souligné la ministre de la santé. Selon un rapport de 2013 du député PS Denys Robilliard, 500 000 enfants sont suivis chaque année en pédopsychiatrie, un chiffre qui a doublé en quinze ans. À 97 %, la prise en charge de ces jeunes se fait en ville, principalement dans des centres médico-psychologiques (CMP). Les enfants et les ados peuvent aussi être accueillis dans des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP). Au milieu des années 2000 sont enfin apparues des maisons des adolescents.

Des consultations gratuites mais un fort délai d’attente

Dans ces trois lieux de soins, il est possible de consulter un psychologue sans rien payer. « Le coût est pris en charge par la structure » , précise Jacques Borgy, secrétaire général du Syndicat national des psychologues. Le problème est que ces lieux restent difficiles d’accès. Selon le rapport Robilliard, dans 55 % des secteurs, le délai minium d’attente est d’un mois pour une première consultation avec un médecin de CMP. Dans 16 % des secteurs, il faut compter au moins trois mois. « Dans le département de la Seine Saint-Denis, le délai est en moyenne de 12 mois pour accéder à une consultation spécialisée » , précise Jacques Borgy.

Une expérimentation dans trois régions

L’expérimentation doit démarrer au 1er janvier prochain pour quatre ans dans trois régions : Île-de-France, Pays de la Loire et Grand Est. Au départ, les jeunes devront être vus par un généraliste ou un médecin scolaire. « C’est ce médecin qui décidera de l’orientation du patient. S’il diagnostique ou soupçonne un trouble psychiatrique, des risques suicidaires ou des symptômes psychotiques le jeune sera sorti de l’expérimentation et orienté vers un psychiatre » , explique Michèle Delaunay. Si le médecin repère une simple souffrance psychique, il pourra adresser le patient vers un psychologue clinicien libéral. La « Sécu » financera alors un forfait de dix séances pour le jeune et de deux séances pour les titulaires de l’autorité parentale.

Cette expérimentation est saluée par Jacques Borgy. « Beaucoup de familles n’ont pas toujours les moyens de financer des séances en libéral » , explique-t-il en assurant que la profession a toute compétence pour assumer cette nouvelle mission. « Nous avons une formation en psychopathologie qui nous permet de faire des diagnostics et de prendre en charge des pathologies qui ne nécessitent pas la délivrance de médicaments. Et nous sommes capables d’orienter vers le psychiatre tous les patients qui le nécessitent » , ajoute-t-il.

Source La Croix