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Le Cercle Psy : Le malheur des mal-aimés

le 1 septembre 2016

[Le Cercle Psy] Comment des troubles de l’attachement peuvent-ils provoquer des troubles psychiques à long terme ? Et comment y faire face ?

Lorsqu’un bébé éprouve des émotions comme la peur, la colère ou la tristesse, il est dans un état émotionnel qu’il ne peut pas réguler seul », explique Nicole Guedeney, pédopsychiatre spécialiste de l’attachement et notamment auteur de L’Attachement, un lien vital (Fabert, 2011). « On peut aimer très fort son enfant, avoir un sentiment d’un lien unique et spécial avec lui, et pour autant ne pas pouvoir ou ne pas savoir comment répondre à ses besoins d’attachement ». Ce que les Américains appellent le caregiving (prendre soin) est cette capacité à vite répondre aux signaux du bébé, dans les premiers mois de sa vie. « Le caregiving ne se résume pas à protéger. Il est différent d’une hyper-protection ou d’une hyper-anxiété qui témoignent des besoins ou des difficultés du parent mais qui ne répondent pas forcément aux besoins de l’enfant de telle sorte qu’il se sente réconforté et autonome », ajoute Nicole Guedeney. Mary Ainsworth, psychologue du développement et figure importante dans le développement de la théorie de l’attachement, parlait de « responsiveness » quand elle évoquait la sensibilité des adultes aux besoins d’attachement de l’enfant. Nicole Guedeney résume cette notion – le terme n’a pas d’équivalent en français – par « la capacité du parent à percevoir et à interpréter les expressions verbales et non verbales de l’enfant de manière correcte et d’y répondre rapidement et adéquatement, et ceci de manière prévisible et cohérente ». Mine de rien, c’est tout un programme pour des humains perfectibles ! Mais que sait-on du devenir des enfants ne bénéficiant pas d’un attachement ? Ces troubles sont-ils le berceau de problèmes à l’âge adulte ?

Des fragilités compagnes de toute une vie

S’il n’existe pas de chiffres qui mettent en évidence une corrélation entre troubles de l’attachement dans l’enfance et développement de pathologies ultérieures (voir encadré), les études s’accordent à dire que la capacité d’un enfant à devenir autonome, à gérer son stress, ses émotions négatives, à développer des relations sociales de qualité, à bâtir sa confiance en lui et en les autres, à développer ses compétences cognitives dépendent très sensiblement d’un lien d‘attachement satisfaisant… Et beaucoup démontrent un lien ténu entre troubles de l’attachement et autres troubles à l’âge adulte. Parmi les plus significatives, les recherches de Peter Fonag tendent à démontrer que la perte ou la séparation de la figure d’attachement pendant l’enfance sont des facteurs de vulnérabilité aux troubles anxieux et aux états dépressifs à l’âge adulte. Les résultats de la psychologue canadienne Catherine Vandal suggèrent que les adultes ayant développé un lien d’attachement ambivalent, ou fait l’expérience d’un faible soutien affectif durant l’enfance, éprouvent davantage de difficultés dans l’identification de leurs émotions, ce qui favorise la présence de symptômes intériorisés. Des études montrent aussi que les troubles de l’attachement jouent un rôle dans le développement et la sévérité des troubles limites de la personnalité, sous forme de troubles fonctionnels dissociatifs. Audrey Brassard et Yann Lussier, tous deux psychologues canadiens, ont compilé l’état des connaissances concernant l’influence des troubles de l’attachement dans les relations de couple à l’âge adulte.

Source Le Cercle Psy