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Le Figaro : Art-thérapie, "C'est comme une médecine douce"

le 29 juin 2016

[Le Figaro] Le psychiatre Jean-Pierre Klein, constatant les limites de la psychothérapie classique, basée sur l'introspection et le langage verbal, a embauché des artistes dans son service dès 1973.

Jean-Pierre Klein est psychiatre et fondateur de l'Inecat (Institut national d'expression, de création, d'art et transformation). Il vient de publier Initiation à l'art-thérapie. Découvrez-vous artiste de votre vie (Éditions Marabout).

Vous êtes l'un des pionniers de l'art-thérapie en France. Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette approche ?

Psychiatre pour enfants et adolescents à l'hôpital de Blois, j'avais vite constaté les limites de la psychothérapie classique, reposant sur l'introspection et le langage verbal, avec ces patients. Dans les cas de secrets de famille, d'enfants abusés ou de troubles de la personnalité, je leur demandais plutôt de dessiner «quelque chose»… Pas des dessins figuratifs de leur famille, mais plutôt inventifs et à partir desquels je leur disais: «Raconte-moi une histoire.» Peu à peu, je me suis rendu compte qu'on traitait leur problème sans jamais le dire. C'est cela, le propre de l'art-thérapie: elle guérit «mine de rien» et permet de se libérer de ce qu'on ne peut affronter de face. Peu à peu, j'ai élargi ses formes, avec les marionnettes, la photographie et j'ai embauché des artistes dans mon service dès 1973…

Et quel est le rôle de l'art-thérapeute dans ce processus ?

Souvent, l'accompagnement seul suffit, car le patient passe d'une position passive à une intervention active, en inventant à partir de ce qu'il vit de terrible. Il expérimente une rencontre énigmatique avec ses propres productions et on arrive là aux limites de la parole et du témoignage. Mais l'art-thérapeute est celui qui connaît l'art de l'intérieur. Il peut donc aider la personne à aller plus loin dans sa création. Souvent, il est formé à une discipline de choix (peinture, danse, théâtre, musique, écriture…), mais j'encourage ces art-thérapeutes - qui pratiquent en séance individuelle - et ces médiateurs artistiques - dans les collectivités - à connaître plusieurs arts afin de pouvoir croiser ceux-ci, et toujours se mettre en danger d'apprendre de nouvelles techniques. Ce qui est intéressant, c'est que le transfert, si nécessaire en psychothérapie entre les deux personnes, se déplace ici sur la production artistique: certains patients se mettent à frapper, agresser une pièce d'argile sur laquelle ils travaillaient… Des pulsions qui s'adressent en réalité au thérapeute.

Source Le Figaro