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Le Figaro : Désamour du travail, l’autre face du burn-out

le 12 octobre 2017

Les besoins affectifs au travail, trop souvent déniés, peuvent mener à une crise personnelle profonde.

Votre travail, vous l’aimez depuis toujours. La mission qui vous incombe, la créativité qu’il requiert, les objectifs qu’il vous propose, tout vous va. Seulement voilà, depuis quelques mois ou même quelques années, c’est comme si votre activité perdait de son charme. Le contexte y est pour beaucoup: vos collègues vont déjeuner sans vous au restaurant d’entreprise… Tout en vous reprochant de ne pas vous intégrer. Vos compétences sont considérées comme «hautes» par votre hiérarchie, mais jamais on ne vous dit que vous avez bien travaillé; on vous demande en revanche de respecter des procédures de plus en plus rigides, et si vous posez des questions, on vous rétorque en haussant les épaules «Qu’est-ce que tu es négatif(ve)!». Alors, peu à peu, votre dose de stress augmente et vous vous rendez au travail avec anxiété.

Cette forme de désamour professionnel, la journaliste Danièle Laufer l’a vécue. Elle en raconte les conditions et les effets les plus délétères dans un récit subtil, acéré, jamais condamnateur: Le Tako Tsubo, un chagrin de travail (Éd. LLL). Neuf ans de difficultés relationnelles insidieuses dans un groupe de presse se sont achevés aux urgences en cardiologie. Là, on lui parle d’abord d’infarctus. Mais on découvre qu’elle souffre d’un «tako tsubo», une pathologie cardiaque bien étrange - le ventricule gauche se dilate et reprend sa forme au bout de quelques heures - qu’on a traduit par «le syndrome du cœur brisé». 

Le burn-out est évoqué. Mais la journaliste préfère parler de «chagrin»: «Je n’étais pas une cadre surchargée de responsabilités, je voulais tenir parce que j’aimais profondément mon travail, je me sentais privilégiée, même si je n’étais pas très bien payée. Je ne me vivais pas non plus comme une victime ou un bouc émissaire. Tous mes proches, mes amis, me disaient “arrête”, mais moi je me sentais comme une guerrière qui faisait face… Et a perdu.»

Philippe Zawieja, psychosociologue et chercheur associé à l’École des mines de Paris et à l’université de Sherbrooke (Québec) qui a coordonné le Dictionnaire de la fatigue (Éd. Droz), relève que le terme de «burn-out» est devenu un mot-valise qui ne correspond qu’à 10 % des formes nouvelles de souffrance au travail, et qu’en revanche, les «affects sur les lieux professionnels sont devenus un enjeu majeur».

«Au début, mes collègues étaient très hostiles, poursuit Danièle Laufer. Je me suis dit: “Tant pis, je ne suis pas là pour me faire des amis.” Mais je suis sensible. On n’est pas obligé d’avoir des affinités avec ses collègues, mais des rapports courtois, oui . On a besoin d’un minimum d’humanité. Beaucoup s’en sortent par le cynisme, je trouve ça terrible.»

Source Le Figaro