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Le Figaro : Fausse couche, le sourd chagrin

le 7 septembre 2017

Fréquente, l’interruption spontanée d’une grossesse avant quatorze semaines génère beaucoup d’anxiété chez les femmes. Une tristesse mal prise en charge.

C’est un événement fréquent et médicalement bénin. La fausse couche précoce, avant quatorze semaines de grossesse, survient dans «10% à 12% des grossesses connues et, avant 39 ans, une femme sur quatre va en faire une», précise le Pr Philippe Deruelle, obstétricien au CHRU de Lille et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

Mais derrière cette banalité peut se cacher une profonde détresse. Selon une étude pilote publiée dans le British Medical Journal, 39 % des femmes ayant vécu une fausse couche précoce présentent, trois mois après, des symptômes de stress post-traumatique. Obtenus sur un petit nombre de patientes (128), ces résultats doivent être confirmés pour mieux comprendre comment les femmes vivent cette perte et mieux les aider, estiment les auteurs.

«Pour les médecins, ce n’est qu’un amas cellulaire. Mais pour les femmes, c’est déjà un bébé!», explique Nathalie Lancelin-Huin, psychologue spécialisée en périnatalité et auteur de Traverser l’épreuve d’une grossesse interrompue (Éd. Josette Lyon). «Dès lors que la femme a conscience d’une vie en elle, l’événement ne peut pas être anodin. Certaines ont déjà acheté le premier petit pyjama… Cela montre le fossé entre notre vie physique et notre vie intérieure. Rationnellement, une patiente peut tout à fait entendre qu’une fausse couche n’est pas grave. Mais ce n’est pas ce qu’elle ressent dans ses émotions. L’écart entre la raison et le ressenti est plus ou moins important, mais au final c’est toujours le ressenti qui gagne.»

Les futures mères forgent d’autant plus mille et un rêves autour de leur grossesse qu’elles en ont très tôt connaissance: échographie, tests précoces… Tout est fait pour faire exister ce bébé bien avant qu’il n’en soit un. Or le risque n’a pas changé. Et pour cause: 75% des fausses couches surviennent parce que l’embryon présente une anomalie chromosomique et n’est pas viable. Le quart restant s’explique par «des éléments qui affectent l’implantation, liste Philippe Deruelle: diabète, tabagisme, obésité, infection…»

Les médecins perçoivent bien ce décalage, mais ne savent pas toujours quoi en faire. «Nous voyons tous les jours des fausses couches, opine Philippe Deruelle. Pour nous, ce diagnostic est plutôt rassurant: si la femme arrive aux urgences pour des saignements, la fausse couche est finalement le diagnostic le moins grave qui soit! Ce n’est pas une grossesse extra-utérine, le pronostic vital n’est pas engagé, et la patiente aura sûrement un autre enfant.»

Source Le Figaro