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Le Figaro : Le syndrome de Diogène, mode de vie ou pathologie ?

le 29 septembre 2017

Entasser les objets hétéroclites jusqu’à en remplir sa maison ne cache pas toujours une maladie. Nous connaissons tous des collectionneurs accumulant des objets plus ou moins encombrants, des accros des vide-greniers revenant de leur quête les bras chargés de bric et de broc, des accumulateurs qui n’arrivent pas à jeter papiers, journaux ou bibelots… La plupart du temps, ces manies amusent ou agacent l’entourage mais ne prêtent pas à conséquence.

Mais chez certaines personnes, l’accumulation de toute sorte d’objets et de détritus va devenir compulsive. L’appartement va alors être envahi du sol au plafond, à tel point qu’il faut parfois le vider en urgence sur arrêté préfectoral car il est devenu insalubre et menace la sécurité de l’habitant et du voisinage.

Ces personnes souffrent du syndrome de Diogène. «Un de mes patients possède trois appartements, une maison et une boutique. Tout est plein. Il ne peut plus rentrer dans aucun de ces locaux et dort dans la rue», raconte le docteur Laurence Hugonot, psychogériatre à l’hôpital Broca.

S’il a toujours existé, le syndrome de Diogène n’a été nommé qu’en 1975 par un gériatre américain, Clark, en référence au philosophe grec qui vivait dans un tonneau et méprisait les conventions sociales. Car, comme le rappelle le docteur Jean-Claude Monfort, psychogériatre et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, le syndrome de Diogène n’est pas une maladie. «C’est un ensemble de signes et de comportements derrière lesquels peuvent se cacher des maladies, mais ce n’est pas toujours le cas», précise-t-il. Ainsi seuls 56 % des «Diogènes» ont une maladie psychiatrique ou neurologique associée, selon une étude publiée dans The Journal of Aging Research & Clinical Practice en août dernier.

Pas de portrait-robot type

Les principales maladies associées sont, pour les plus jeunes, la schizophrénie et, pour les plus âgés, la démence fronto-temporale, proche de la maladie d’Alzheimer. Chez les 44 % autres «Diogènes», aucune maladie n’a été retrouvée. Elles sont souvent les plus difficiles à accompagner. Car, comme le rappelle le docteur Jean-Claude Monfort, leur caractéristique principale est qu’elles ne demandent rien et disent n’avoir besoin de rien. Bien souvent, elles n’ont plus de médecin généraliste, la famille s’est détournée et elles sont très isolées. 

Hormis ce trait commun, il est difficile de dresser un portrait-robot type des «Diogènes». Certains vont être particulièrement sales et négligés au milieu de leur appartement plein à craquer et insalubre, d’autres dans le même environnement resteront propres et élégants. Si nous connaissons surtout les personnes qui amassent, chez certains «Diogènes», plus rares, les objets sont totalement absents «Je connais une dame qui, dans son appartement de trois pièces, a installé une table, une chaise et un lit. Et dès que son frère lui apporte un meuble, il finit sur le trottoir», raconte le docteur Hugonot.

Enfin, si certains vivent reclus et doivent leur survie à un proche qui leur apporte de la nourriture, d’autres mènent une vie sociale normale… Ainsi le docteur Monfort n’a jamais soupçonné l’une de ses amies proche d’être «Diogène», avant d’apprendre par le frère de cette dernière que des tonnes de détritus avaient été trouvées dans son appartement. «Les seuls signes qui auraient pu m’alerter, c’était l’état de sa voiture et le fait qu’elle ne nous ait jamais invités chez elle alors qu’elle venait régulièrement à la maison.» En fait, les personnes qui souffrent du syndrome de Diogène vont avoir une relation extrême, dans un sens ou dans l’autre, aux objets, au corps et à l’autre. 

Source Le Figaro