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Le Figaro : "Saoulorexie", ou manger moins pour boire plus

le 26 août 2016

[Le Figaro] La «saoulorexie» est un phénomène qui concerne les jeunes britanniques âgés de 18 à 24 ans. Son but: boire davantage d'alcool et sauter des repas pour ne pas prendre de poids. Explications avec le Dr Olivier Verriest, spécialiste en addictologie.

Manger moins pour boire davantage d'alcool sans grossir. Une idée qui séduit 43 % des hommes et 35 % des femmes britanniques, âgés de 18 à 24 ans. C'est le résultat d'une étude menée par l'entreprise britannique Benenden (assurances médicales). «Les pressions sociales pour maigrir, une conscience aigüe de la surveillance de l'apport calorique et l'effet de groupe les incitant à boire de grandes quantités d'alcool sont autant de facteurs influençant ce phénomène», déplorent les auteurs du rapport. Qui sont ces jeunes, et à quels risques s'exposent-ils? Le point avec Olivier Verriest, spécialiste en addictologie.

Quels sont les dangers principaux auxquels ces jeunes sont confrontés ?

Le risque immédiat, c'est la dénutrition, qui mène à la chute, puis au coma. Sur le long terme, il existe d'autres dangers. D'abord, celui de s'isoler petit à petit de ses amis. Ensuite, celui de développer une addiction. Le jeune va multiplier les prises d'alcool: tous les cinq jours, tous les deux jours, puis tous les jours… Au bout d'un moment, ces prises n'auront plus l'effet escompté, alors il décidera d'augmenter les doses. C'est comme cela que s'installe la dépendance.

Comment expliquez-vous que ces jeunes soient davantage attirés par l'alcool que par un régime alimentaire équilibré?

C'est le phénomène de l'adolescence, tout simplement. La psychologie du jeune, c'est d'essayer. Certains vont avoir peur, et développer une capacité de protection qui leur évitera de prendre de trop grands risques. D'autres vont chercher constamment à se mettre en danger. Il faut savoir que 40% des jeunes ont essayé le cannabis, et 85% le tabac. Pourtant, une grande majorité d'entre eux ne sera jamais fumeur.

L'addiction à l'alcool modifie-t-elle la manière dont notre cerveau fonctionne?

Absolument. Il s'agit d'un produit anxiogène, qui augmente considérablement le risque suicidaire et peut mener à la dépression. Comme tout produit addictif, il intervient sur la psyché de la personne. A terme, il va l'isoler, rompre le lien social. Le problème de la dépendance est lié à la manière dont on aborde l'alcool. La façon dont on va boire. Par exemple, si vous vous dîtes: «Samedi soir, je vais sortir avec des amis. Il est très probable que nous allons consommer de l'alcool.» Dans ce cas de figure, la boisson n'est pas une finalité. Cette situation n'est donc pas problématique. En revanche, si vous commencez à réfléchir de cette manière: «Qui pourrais-je appeler pour boire samedi soir?» ou encore, «je ne vais pas me rendre à ce rendez-vous car je ne pourrai pas boire», c'est extrêmement dangereux.

Source Le Figaro