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Le Monde : "L’angoisse des adultes est ce qui inquiète le plus les enfants en cette rentrée 2016"

le 14 septembre 2016

[Le Monde] Marie Rose Moro, pédopsychiatre et psychanalyste, dirige la Maison de Solenn-Maison des adolescents de l’hôpital Cochin. Elle publie Osons être parents, le 14 septembre, aux éditions Bayard Culture.

Comment parler aux enfants du risque terroriste ? Faut expliquer la présence de soldats armés dans les rues ?

Oui, bien sûr, il faut dire aux enfants pourquoi les soldats sont devant l’école. Il faut le dire une fois simplement, et sans dramatiser ni exagérer. Leur présence est la preuve que les adultes savent protéger les enfants. Le plus difficile est de ne pas projeter nos propres angoisses.

Ma fille de 9 ans a été très affectée par l’exercice de sécurité dans l’école, où ils devaient se cacher sous les tables au cas où un méchant vienne. Comment la protéger des crises d’angoisse ?

Pour les enfants de classe élémentaire, parfois on pense qu’ils comprennent les choses comme les grands, mais en fait ils ont aussi des scénarios dans la tête, parfois plus effrayants encore que la réalité. A cet âge-là, il faut vraiment leur expliquer concrètement et simplement ces exercices, et s’intéresser aux peurs qu’ils ont. Ce sont ces peurs-là qui sont les plus inquiétantes. Il faut les aborder tranquillement, à un moment où l’enfant est rassuré et en confiance.

Mais comment ne pas transmettre à nos enfants notre propre angoisse concernant les risques d’attentat dans les écoles ?

L’angoisse des adultes est ce qui inquiète le plus les enfants de cet âge-là. Il est donc nécessaire de commencer par trouver soi-même des manières de se rassurer. Ensuite, on peut parler aux enfants. Si on leur parle simplement, cela leur fera du bien et apaisera leurs inquiétudes. Cela augmentera leur confiance dans la capacité des adultes à les protéger. C’est cela l’essentiel, à cet âge : on ne peut pas attendre d’enfants aussi jeunes qu’ils apprennent à se protéger tout seuls.

Les élèves vous semblent-ils plus stressés aujourd’hui qu’il y a quelques années ?

Oui, toutes les études montrent que nos enfants sont plus stressés à l’école aujourd’hui qu’hier. La pression scolaire est très forte, et les attentes des parents et de la société aussi. A tel point d’ailleurs qu’en pédopsychiatrie, nous voyons une véritable épidémie de phobie scolaire. C’est-à-dire des enfants qui ont une telle souffrance à l’école qu’ils ne peuvent plus y aller. Ces phobies scolaires peuvent débuter dès le début du collège, jusqu’au lycée. Il faut prendre au sérieux cette souffrance des jeunes ou des ados à l’école, et leur permettre de retrouver du plaisir à apprendre.

Source Le Monde