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Le Monde : Les élèves de prépa ont besoin d’un fort soutien affectif

le 15 février 2017

[Le Monde ] Pour se préparer à un concours, quelques règles sont à observer : gérer son stress, apprendre à s’organiser, être attentif au risque de surmenage… Avis et conseils d’un psychologue. 

Christophe Ferveur est psychologue clinicien au sein de Relais étudiants lycéens de Paris (13e), un service d’accueil psychologique et pédagogique gratuit pour les élèves surmenés qui propose des consultations spécifiques aux élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. Entretien.

Quel est le rôle des parents durant les deux, parfois trois, années d’études en prépa ?

La solution la plus simple est de poser directement la question à son enfant : « As-tu besoin de mon aide ? Dois-je te demander si tu as fait ton travail ? » Cela peut paraître banal, mais c’est indispensable. Certains élèves, même s’ils sont majeurs, souffrent du manque d’encadrement de leurs ­parents. Souvent, ces derniers estiment à tort que leur enfant est adulte et donc apte à se débrouiller seul. Une fois le baccalauréat en poche, les étudiants se sentent parfois lâchés par les parents.

Cela peut paraître étrange car, à 18 ans ou 19 ans, nous avons affaire à de jeunes adultes. En réalité, ils ne sont pas encore tout à fait autonomes et ont besoin d’un soutien affectif fort. C’est une position difficile à tenir car le niveau de stress évolue au fur et à mesure de l’approche des concours.

Les parents doivent pouvoir s’adapter pour trouver la juste distance. Evidemment, ça ne sert à rien de mettre une pression supplémentaire sur les ­notes ; l’important, c’est l’écoute. Beaucoup d’étudiants viennent de province et retournent chez leurs parents pendant les vacances de la Toussaint. Nous connaissons bien cette période, qui ­correspond à un pic de découragement et donc de rendez-vous dans notre service.

Quels sont les signaux auxquels il faut être attentif ?

Avant d’abandonner une classe préparatoire, un étudiant passe par trois étapes : la lutte, le découragement et enfin l’arrêt. Certains comportements permettent d’identifier un mal-être ou un dysfonctionnement.

Le premier signal d’alerte correspond au moment où l’étudiant empiète sur son temps de sommeil pour réviser. Une fois cette étape franchie, il se met à grappiller du temps sur les moments de loisirs. Ces deux facteurs réunis entraînent une perte de plaisir dans l’apprentissage.

Ces signaux sont suffisamment forts pour venir nous consulter. L’étudiant, tout comme ses ­parents, doivent comprendre que le sommeil, les loisirs, et les moments de socialisation, comme les rares soirées ou les sorties entre amis, doivent être respectés. C’est une question d’équilibre. Si l’un de ces signaux est repéré, il faut en parler rapidement à un spécialiste pour trouver une ­solution. En classe prépa, le rythme de travail est si soutenu que quelques jours de découragement peuvent ­entraîner un décrochage total.

De quelle manière intervenez-vous ?

Nous programmons plusieurs consultations au Relais étudiants lycéens, dans le 13arrondissement de Paris. Il y a un psychologue, un psychiatre et un enseignant habitués à recevoir des étudiants de classes prépa ainsi que des lycéens.

Nous travaillons sur un axe à la fois scolaire et personnel. Attention, ce n’est pas une thérapie, même si nous abordons les difficultés scolaires, personnelles et familiales. Les consultations sont gratuites et protégées par le secret professionnel.

Si l’étudiant a besoin d’une prise en charge médicale soutenue, nous pouvons lui prescrire des ­anxiolytiques ou des antidépresseurs. Par ailleurs, dans chaque université, les étudiants peuvent s’adresser au bureau d’aide psychologique universitaire. Dans cette structure comme au Relais étudiants lycéens, une chose est sûre : aucune interrogation n’est futile.

Source Le Monde