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Libération : Alzheimer, "Les produits prescrits ne sont pas utiles"

le 24 octobre 2016

[Libération] La Commission de la transparence au sein de la Haute Autorité de santé prône le déremboursement de quatre médicaments jugés inefficaces et représentant un gouffre financier pour la Sécu. L’un de ses membres, le professeur Olivier Saint-Jean, commente cet avis.

Sanction terrible, sans appel : «insuffisant pour être pris en charge par la solidarité nationale» . La Commission de la transparence, en charge de l’évaluation des médicaments au sein de la Haute Autorité de santé a rendu ce mercredi son avis : pour ces experts, les quatre médicaments (1) encore largement prescrits contre la maladie d’Alzheimer ne servent à rien. C’est maintenant à la ministre de la Santé d’acter leur avis, et de retirer ces produits de la liste des traitements remboursables.

C’est une décision importante, vu l’impact social de cette maladie qui touche plus de 850 000 personnes en France. Mais aussi vu l’impact financier, car depuis près de vingt-cinq ans ce sont plusieurs milliards d’euros dépensés en pure perte pour leur remboursement. Enfin, on peut parler d’une décision historique, la France serait le premier pays au monde à le faire, mettant un point final à un lobbying impressionnant des firmes pharmaceutiques. Le professeur Olivier Saint-Jean, qui dirige le service de gériatrie de l’Hôpital européen Georges-Pompidou, ainsi que le service de soins de suite de l’hôpital Corentin-Celton, a suivi ce dossier depuis le début. Membre de la Commission de la transparence, il commente l’avis de celle-ci et revient sur l’histoire de ces médicaments.

La Commission de la transparence vient de statuer sur l’inutilité des médicaments contre la maladie d’Alzheimer. Il n’y a donc plus aucun doute ?

La Commission donne son avis sur ce que l’on appelle le SMR, le service médical rendu : il s’agit d’évaluer l’efficacité du médicament et d’en mesurer aussi les effets indésirables. Nous avons ausculté toutes les études menées sur ces traitements.

Et donc…

L’efficacité est au mieux minime, elle n’atteint pas en tout cas le seuil de pertinence clinique, et cela dans des études dont la durée n’a pas dépassé six mois. De plus, la population qui y était étudiée n’était pas représentative de la population atteinte de la maladie d’Alzheimer : l’âge moyen était de 75 ans, les personnes qui souffraient de maladies associées étaient éliminées. Bref, la population était biaisée. Enfin, la Commission remarque qu’elle n’a aucune mesure de l’impact de ces médicaments au long cours. Cela ne permet pas de savoir s’ils changent le destin des malades, en termes d’autonomie, de qualité de vie, ou de pouvoir choisir de rester à domicile. Les seuls effets observés l’ont été à partir d’une échelle de mesure des fonctions intellectuelles peu pertinente, et même sur cette échelle le seuil minimum n’a pas été atteint. Donc, efficacité au mieux extrêmement marginale, à court terme.

Et sur les effets secondaires ?

Les données de tolérance pointent des effets indésirables importants, notamment digestifs fréquents, cardio-vasculaires (potentiellement graves bien que peu fréquents), mais aussi des symptômes psychiques comme des cauchemars, des crises d’angoisse et, enfin, d’autres effets variés comme des crampes, des rhinites, pas forcément graves mais qui empoisonnent la vie quotidienne des malades. La conclusion de la Commission de la transparence est donc que le rapport bénéfice-risques n’est pas favorable à ces quatre médicaments. Insuffisant pour qu’ils soient considérés comme utiles. Nous émettons un avis défavorable. La conséquence est qu’ils doivent être retirés de la liste des médicaments remboursables.

Source Libération