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Psychologies : L'anorexie touche aussi les femmes de plus de 40 ans

le 15 novembre 2017

Pourquoi parle-t-on si peu des adultes souffrant d'anorexie ? Peut-être parce qu’elles se mettent moins en danger que les ados, que leur maladie est plus modérée et plus socialement acceptable. Pourtant, ces femmes ont besoin d’être écoutées. Et soignées. 

C’est une communauté dont on parle peu : les anorexiques adultes, celles que les médecins qualifient de « tardives ». Discrètes, presque invisibles, on les croise pourtant dans les clubs de sport qu’elles fréquentent assidûment, les boutiques pour enfants où elles s’habillent et jusque dans les pages people des magazines. « J’en reçois toutes les semaines, confirme Vannina Micheli-Rechtman, psychanalyste, psychiatre, et responsable d’une consultation sur les troubles alimentaires. Mais on en parle beaucoup moins que des jeunes filles, peut-être parce que leur anorexie est souvent modérée, plus socialement acceptable. Contrairement aux ados, elles se mettent moins en danger et finissent peu à l’hôpital. » Combien d’anorexiques adultes existe-t-il en France ? Difficile de le dire car il y a peu de données épidémiologiques, déplore Philip Gorwood, professeur de psychiatrie et chef de service à la clinique des maladies mentales et de l’encéphale de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. « Globalement, l’anorexie touche 0,4 % des Françaises, et je dirais que 10 % d’entre elles sont des adultes. Si cette maladie est très ancienne, avec des descriptions cliniques remontant au premier siècle après J.-C., la valorisation actuelle de la minceur, la pression sociale, assure-t-il, font qu’elle touche désormais tous les milieux. » Ainsi, une étude récente de l’University College de Londres montre que 3,6 % des quadras et des quinquas anglaises connaissent des troubles du comportement alimentaire, dont l’anorexie fait partie.   

L'anorexie, un ennemi intérieur qui s’installe tôt… 

Certaines souffrent de ce mal étrange depuis leur plus jeune âge. Valérie, 49 ans, ne s’octroie qu’un yaourt le soir depuis ses années lycée. Elle sait qu’elle se fait du mal mais n’arrive pas à changer. « Une partie de moi, confie-t-elle, réaliste, se réjouit à mon âge de continuer à entrer dans mon jean taille 34 ! » Pour Alain Meunier, psychiatre et fondateur il y a vingt ans de La Note bleue, un centre de soins pluridisciplinaire à Paris, « l’ennemi intérieur s’installe tôt et elles ne peuvent faire autre chose que de s’affamer. Il s’agit toujours du symptôme d’une souffrance souterraine ». Pathologie du refus, l’anorexie adulte reste une maladie de l’adolescence, affirme Alain Meunier, même à 40 ans. « Qu’elles aient 17 ou 47 ans, les anorexiques souffrent d’une estime de soi défaillante, qu’elles espèrent combler par un perfectionnisme sans faille, une main mise sur leurs besoins et leurs désirs. » L’anorexie paraît alors à la fois comme leur meilleure amie et l’ennemie numéro un. « Je l’appelle “mon ange”, témoigne Violaine, 47 ans. Quand je vois les autres s’empiffrer ou que je cuisine pour ma famille, je me sens plus forte, plus libre. Il y a un vrai plaisir à maigrir, à rester dans le contrôle permanent quand tant se plaignent de leur poids sans pouvoir agir. Pas facile à mon âge de renoncer à ce sentiment de supériorité. » Mais il s’agit évidemment aussi d’une prison, dont elles sont à la fois prisonnières et geôlières. Le psychiatre et psychanalyste Didier Lauru, auteur du Poids du corps à l’adolescence  (Albin Michel), l’explique : « Chez ces femmes, le refus de s’alimenter va fréquemment de pair avec une hyperactivité, une pratique du sport excessive qui permettent aux pensées alimentaires obsédantes de s’éloigner. Elles arrivent donc chez moi souvent épuisées mais, contrairement aux ados, elles ne sont pas dans le déni, elles connaissent très bien leur maladie, on peut même dire que les quadras touchées sont des pros de leur syndrome. »   

Source Psychologies