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Terrorisme et Folie : penser la complexité

le 12 août 2016

Depuis plusieurs mois, des attentats de nature terroriste se perpétuent dans le monde. La couverture médiatique de ces événements fait émerger de manière récurrente des questionnements sur les liens entre terrorisme et folie. Cette réaction n'est pas sans conséquences sur la stigmatisation des personnes qui vivent avec des troubles psychiques.

Face à des comportements violents que l'on ne comprend pas, la tentation est souvent grande de trouver une explication simple du côté de la folie. Mais ne nous leurrons pas, une problématique complexe ne peut se résoudre dans une réponse univoque. Pour aider à penser cette complexité, le Psycom vous propose une sélection de différents points de vue (psychiatres, philosophes, sociologues…) sur la représentation des troubles psychiques que les récents attentats mettent en jeu. Ce corpus s'enrichira dans les semaines qui viennent.

Articles de presse

« Je suis inquiète pour la santé des enfants niçois ». In : Le Monde, 12 septembre 2016

Chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU Lenval de Nice, la professeure Florence Askenazy a vu passer plus de 900 patients dans ses services depuis l’attentat qui a fait 86 morts le soir du 14 juillet sur la promenade des Anglais. Après la mobilisation d’urgence, elle appelle à la mise en place de moyens supplémentaires pour en limiter les conséquences sanitaires. Lire l'article

Quand l’État est défaillant, les sorcières apparaissent - Boris Cyrulnik. In : Huffington Post, 18 août 2016

Il n'est pas nécessaire d'être un malade mental pour se laisser emporter par la contagion d'une rumeur. Tout adolescent, bien élevé dans une famille aimante, se retrouve en situation de vulnérabilité psycho-sociale quand il doit quitter sa famille pour tenter l'aventure sociale. Quand son milieu ne lui propose que le chômage, l'absence de rêves et aucun cadre de valeurs, comment voulez-vous qu'il ne flotte pas ? Ce jeune est à prendre. Un gourou religieux ou politique repère vite sa proie. En plus si sa personnalité est mal structurée par des abandons précoces, des maltraitances ou une cascade d'agressions enfantines, il erre dans des foyers d'aide sociale, des consultations de psy ou dans des groupes de jeunes déculturés. Un gourou terroriste fera une bonne affaire en utilisant ce paumé. Pour un faible investissement de temps et d'argent, il dispose d'un pigeon désireux de se faire exploser pour une cause qu'il n'a pratiquement pas étudié. Lire l'article

Un acte fou n’est pas l’acte d’un fou - Paul Machto. In : Mediapart, 1er août 2016

« Pour des esprits sécularisés, tout fou de Dieu est un fou tout court », a publié Jean Birnbaum le 21 juillet 2016 dans le journal Le Monde. Mais ne mêlons pas la folie à toutes les horreurs du dérèglement du monde et de notre société. Ce serait une insulte à la folie. La folie mérite mieux que ça. Et le risque est grand que le recours préventif à l'enfermement soit si commode... Lire l'article

Laure Murat : « Cela ne rend service à personne de traiter les terroristes de fous» - Joseph Confavreux. In : Mediapart, 30 juillet 2016

Contrairement aux attentats du 13 novembre, les attaques du mois de juillet, en France comme en Allemagne, ont été perçues comme des actes autant politiques que pathologiques. Entretien avec l’historienne Laure Murat, qui a travaillé sur les liens que peuvent entretenir folie et politique.  Lire l’article

Attentats : leurs auteurs sont-ils vraiment "fous" ? - Informations handicap, 27 juillet 2016

Nice, Paris, Munich, Kinshasa... Ceux qui commettent ces actes de barbaries sont qualifiés de "fous". Mais, en les appelant ainsi, on oublie tous les autres fous "inoffensifs". Philippa répond à la question de son fils "Pourquoi ils ont fait ça ?". Lire l’article

Attentats en Europe : "Les terroristes ne sont pas des malades psychiatriques" - France 24, 26 juillet 2016

Du tueur de Nice à celui d’Ansbac (Allemagne), plusieurs auteurs d'attentats récents auraient souffert de troubles psychiatriques. Ces actes ne sont pourtant pas à mettre sur le compte de la folie pour le psychiatre Samuel Leistedt. Lire l’article

Revue de Presse : La folie terroriste - France 24, 26 juillet 2016

Au menu de cette revue de presse française, mardi 26 juillet, l’impact de la série d’attaques subies par l’Allemagne sur la vie politique outre-Rhin, les questions soulevées par la multiplication des actes violents – revendiqués ou non par l’organisation État islamique – sur la santé psychique de leurs auteurs, et sur la nature de la lutte contre le terrorisme. Et les vacances de l’opposition. Lire l’article

 Terrorisme, guerre, les dangers de l’amalgame - Michel Wieviorka , In : The Conversation, 25 juillet 2016

Comment nommer les maux qui nous accablent ? Terrorisme, guerre : ces deux mots, en particulier, sont-ils adaptés pour rendre compte de la récente séquence des tueries plus ou moins massives : Paris (7 et 9 janvier 2015, 13 novembre 2015), Bruxelles (22 mars 2016), Orlando (12 juin 2016), Magnanville (13 juin 2016), Nice (14 juillet 2016), Munich (22 juillet 2016), sans parler de l’attaque à la hache dans un train en Allemagne, le 18 juillet 2016 ? Ces tueries présentent des points communs, certes, à commencer par leur caractère suicidaire : la destruction d’autrui implique à ses propres yeux celle du tueur. Mais à partir de là, ne vaut-il pas mieux insister sur ce qui distingue ces évènements que sur ce qui aboutit à les amalgamer au sein d’une seule et unique catégorie, le « terrorisme » ? Lire l'article

Quand la folie trouble les jurés - Julie Brafman, In : Libération, 25 juillet 2016

La loi prévoit que l’«altération du discernement» de certains accusés est une circonstance atténuante. Mais les cours d’assises, voyant en eux un danger accru pour la société, ont au contraire tendance à alourdir les peines. Lire l’article

Ce que les psychiatres disent des terroristes - Jean-Baptiste François, Anne-Benédicte Hoffner et Marine Lamoureux, In : La Croix, 25 juillet 2016

Pour la plupart des experts, rares sont les terroristes relevant de pathologies psychiatriques au sens strict. Mais ils présentent de lourdes fragilités psychiques. Lire l’article

Docteur Daniel Zagury : «Chez les terroristes islamistes, il y a très peu de malades mentaux avérés» - Eric Favereau. In : Libération, 22 juillet 2016

Le docteur Daniel Zagury, psychiatre et psychanalyste, estime qu’on ne peut pas parler de profil type de tueurs. Mais qu’on repère parmi eux des processus psychiques similaires de radicalisation. Lire l’article

Terrorisme : folie ou fanatisme ? La question infernale - Laura Thouny, In : Le Nouvel Obs, 20 juillet 2016

Est-ce les troubles mentaux de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ou les appels de Daech qui l'ont poussé à tuer 84 personnes sur la Promenade des Anglais ? L'enquête tente de le determiner. Mais d’autres cas similaires se sont déjà posés ces trois dernières années. Lire l’article

Pour des esprits rationalistes et sécularisés, tout fou de dieu est un fou tout court - Jean Birnbaum. In : Le Monde, 20 juillet 2016

Dès le lendemain du massacre qu’il a perpétré à Nice le 14 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a été décrit comme une personnalité fragile, dépressive, aux tendances psychotiques. Le tueur présentait notamment « des problèmes avec son corps », a témoigné un psychiatre tunisien naguère consulté par le jeune homme. En vérité, cette question ressurgit presque à chaque attentat, et elle est révélatrice à plus d’un titre. Elle dit d’abord quelque chose de notre rapport collectif à la folie. Car poser la question en ces termes, c’est suggérer que l’acte meurtrier, dès lors qu’il serait empreint de délire, serait vidé de tout élan politique et religieux. Lire l’article

"Il ne faut pas réduire les radicalisés à des fous" - Assiya Hamza. In : France 24, 23 mai 2016

En France près de 20 000 personnes sont fichées pour islamisme radical. Le psychanalyste Fethi Benslama, qui publie "Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman", explique les ressorts psychologiques de ce basculement dans le radicalisme. Lire l’article

La radicalisation n’est pas une maladie mentale mais un mode de pensée ! In : Leaders, 15 juillet 2015

Tunis, Sousse, Paris, Bruxelles, Istanbul, Nice: le terrorisme islamiste se propage au quatres points cardinaux, à la vitesse du son, tel un cancer qui se métastase, franchissant à chaque fois un nouveau cap dans l'horreur, parvenant à prendre en défaut la vigilance des forces de sécurité. L'humanité tout entière semble tétanisée face une situation inédite dont même les scénaristes de films d'épouvante d'Hollywood n'ont jamais imaginée. Que peut-on faire face à des monstres qui sont prêts à tout. Que peut-on faire pour enrayer le fléau. D'abord prendre conscience de sa gravité. C'est fait. Mais aussi l'analyser. Ce n'est pas encore la cas. Le terrorisme islamiste reste un phénomène sous analysé.Cette lacune, le congrès de l’une des plus vieilles associations de psychiatres de France, le Congrès de psychiatrie et de neurologie de langue française (Cpnlf), qui s’est tenu début juin à Toulouse a tenté de lors de sa 114e session annuelle tenu début juin, de combler. Lire l'article

Dans la tête d’un djihadiste - Farhad Khosrokhavar et Marcel Gauchet. In : Philisophie Magazine, 16 février 2015

Comment devient-on un candidat au djihad quand on est un jeune Français ? Par déviance psychopathologique, embrigadement sectaire, déchaînement de la croyance ? Les trois sans doute – à écouter les psychologues, magistrats ou chercheurs qui travaillent à « déradicaliser » ceux qui ont un jour basculé. Lire l’article

Articles scientifiques

Terrorisme et santé mentale des enfants - C. Rousseau. In : Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'adolescence, Volume 56, n° 4-5, 2008

Le modèle post-traumatique, qui associe l’exposition à un événement hors du commun au développement de psychopathologie, a été indistinctement utilisé pour décrire les conséquences directes et indirectes du terrorisme sur les enfants. Il est cependant limité car il ne considère pas les chaînes complexes de réactions négatives qui découlent de la médiatisation d’événements, comme la guerre et le terrorisme (augmentation des sentiments d’intolérance et de discrimination, changements des procédures migratoires, etc.) et parce qu’il ignore en particulier l’impact d’un accroissement des tensions intercommunautaires sur les enfants. Face à ce nouveau défi, des associations professionnelles médicales nord-américaines ont émis des directives pour aider les parents, les éducateurs et les professionnels de la santé à orienter l’intervention et la prévention. Ces directives évitent cependant d’aborder les tensions intercommunautaires et de considérer l’impact des divergences d’interprétation et de compréhension qui fracturent le monde social autour des enfants appartenant à des groupes minoritaires dont les communautés sont ciblées par les représentations populaires et médiatiques. Les travaux sur les situations de conflit suggèrent que le développement moral de l’enfant et sa santé mentale sont liés par des relations complexes qui opposent l’effet temporairement protecteur d’une idéologie forte, qui permet le clivage entre une image de soi et une image de l’autre, et la résilience associée à la capacité de percevoir la complexité, de faire face à des dilemmes moraux et de développer une empathie pour toutes les parties impliquées. En situation d’immigration, cette dernière position pourrait être protectrice en permettant à l’enfant de résoudre le conflit de loyauté entre l’école et la maison, la société hôte et la culture d’origine, et de conjuguer ses deux univers de vie. Lire l’article

La représentation du terroriste anarchiste dans quelques romans français de la fin du 19e siècle - Caroline Granier. In : Cahiers d’histoire, 2005

Entre 1892 et 1894 se déroule une série d’attentats anarchistes qui marquent durablement les esprits et l’évolution politique du mouvement ouvrier français. Cet article s’intéresse à la façon dont la littérature s’empare de ces faits et se pose la question des motivations du terroriste. Caroline Garnier montre qu’au-delà des clivages politiques (romanciers anarchistes ou anarchisants et romanciers bourgeois), il s’agit déjà d’un débat autour de la compréhension des faits. Ce dernier oppose ceux qui repoussent le terroriste vers la folie, la pathologie et le mal pour mieux ignorer les problèmes sociaux profonds qu’il soulève et ceux qui, sans l’avaliser, voient dans sa violence une révolte désespérée qui tire ses origines d’un véritable sentiment d’oppression. Lire l’article

Émission de radio

Folie ou terrorisme : qui peut qualifier les faits ? - Émission « Du grain à moudre ». France Culture, 29 décembre 2014

Face à une attaque violente dans l’espace public les mots ne sont pas toujours faciles à trouver. Les mots justes encore moins. "Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs des hommes" disait Albert Camus. C’est alors que les grilles de lectures se font concurrence : éditorialistes qui parlent d’ennemis de l’intérieur, internautes qui se demandent ce que signifie un « déséquilibré ». Les chercheurs sont alors sommés de donner les critères pour reconnaitre un terroriste, les responsables religieux ceux des fous de Dieu et les psychiatres ceux des fous tout court. Sans compter la voix de l’auteur de l’acte lui-même dont la revendication ne correspond pas toujours à celle du reste de la société. Écouter l’émission

Pour aller encore plus loin

MOOC Terrorismes par le CNAM - Du 7 novembre au 18 décembre 2016

Le MOOC Terrorismes propose une analyse historique précise et détaillée des mutations du terrorisme, de ses évolutions et ruptures, de son passage d’un outil criminel singulier à une dimension plurielle. Si la notion de terrorisme fait souvent l’objet de controverses et de polémiques c’est qu’elle est empreinte d’une forte subjectivité et qu’elle désigne un phénomène complexe, mouvant et multiforme. Ce cours a pour objectif de fournir une meilleure connaissance et une plus grande capacité d’analyse de l’information sur les problématiques terroristes. Accéder au programme