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The Conversation : À part Hillary Clinton, qui parle des fous en politique ?

le 19 octobre 2016

[The Conversation] Aurait-on assisté au grand soir de la santé mentale aux États-Unis ? Lors du premier face à face entre les deux principaux candidats à l’élection présidentielle américaine, le 26 septembre, Hillary Clinton a dénoncé les discriminations dont sont victimes les personnes touchées par des troubles psychiques. Celles qu'on désigne, trop souvent, sous le terme de « fous ». Alors que la campagne nous offre un spectacle affligeant de bassesse, cette sortie de la candidate démocrate n’a peut-être pas suscité toute l’attention qu’elle mérite.

L’enchaînement par lequel Hillary Clinton a abouti au sujet de la santé mentale rend cet épisode encore plus significatif. Interrogée sur les problèmes raciaux dans le pays, la candidate a d’abord mis en avant les différents « défis » du gouvernement, concernant notamment la formation continue des policiers et les biais implicites (en anglais, implicite biases ) qui influent sur leur conduite. Ce terme désigne les conceptions qui guident certains de nos comportements de manière inconsciente. Dans le contexte américain, il s’applique le plus souvent aux préjugés raciaux.

Face au milliardaire républicain Donald Trump, la prétendante à la Maison Blanche a tenté de remonter le niveau de la discussion en analysant les inégalités au sein du pays. Le journaliste animateur du débat retransmis à la télévision l’interroge sur les « relations raciales qui sont au plus bas depuis des dizaines d’années », au vu notamment des « jeunes afro-américains tués par balle par la police, comme encore très récemment à Charlotte ou à Tulsa ». Hillary Clinton, partageant le désarroi du modérateur, admet que « la race détermine trop de choses » aux États-Unis (lieu d’habitation, éducation, traitement dans le système judiciaire). Plus inattendu, elle évoque aussi la discrimination policière envers les personnes atteintes de problèmes psychiques.

« La santé mentale est l’une des plus grandes préoccupations »

Ce soir-là, la candidate démocrate affirme que « la santé mentale est l’une des plus grandes préoccupations » (« one of the biggest concerns » en anglais). Aux États-Unis comme en France, il est exceptionnel que les problèmes psychiques soient présentés dans les médias comme un facteur d’inégalités. Des deux côtés de l’Atlantique, le traitement politico-médiatique de cette question est soumis à la même règle : il faut qu’il se passe un évènement grave et violent (une agression, un meurtre) pour que l’on décide d’y consacrer un peu d’encre ou de salive – et uniquement quand la personne touchée par des troubles psychiques est le bourreau, non la victime.

Alors que toutes les études montrent que les personnes soignées pour des troubles psychiques commettent rarement des actes violents mais en sont plus souvent la cible, les médias américains s’intéressent généralement à cette population et au problème d’accès aux soins qu’elles rencontrent au lendemain de drames. Immédiatement après chaque tuerie de masse par arme à feu, on s’interroge inévitablement sur le diagnostic psychiatrique du meurtrier – puisqu’il est hors de question de remettre en cause le port d’arme. Donald Trump n’avait pas dérogé à la règle en commentant la tuerie perpétrée l’an dernier par un étudiant – neuf morts sur un campus universitaire à Roseburg (Oregon). Mobilisant toute son expertise, il avait déclaré : « Ça m’a tout l’air d’être un problème de santé mentale ».

La candidate démocrate, elle, choisit un angle nouveau pour aborder la question. « Les policiers sont confrontés à une multitude de problèmes de santé mentale très difficiles dans la rue, » souligne-t-elle. En effet, plusieurs faits divers où les forces de police sont impliquées dans le décès d’une personne ayant des troubles psychiques ont été recensés ces dernières années par la presse, en 2012, puis en 2015. La France aussi a connu, en 2015, un tel fait divers, avec la mort d’un homme à proximité du centre hospitalier de Corbeil (Essonne) mais son cas n’a suscité qu’un faible écho dans les médias.

Source The Conversation