Vous êtes dans : Accueil > Actualités > À lire, à voir, à écouter > The Conversation : Anorexie, quand les patientes refusent d’être soignées

The Conversation : Anorexie, quand les patientes refusent d’être soignées

le 23 juin 2017

[The Conversation] L’anorexie mentale est une maladie grave et fréquente qui concerne 1 à 3 % de la population. La majorité des personnes touchées en guérissent, à la condition de bénéficier d’une prise en charge adaptée. Cependant, parmi les troubles psychiatriques, l’anorexie reste celui dont la mortalité est la plus élevée. 

Il combine restriction alimentaire volontaire, amaigrissement, déni des troubles et de leurs conséquences, et perturbation de l’image du corps.

Dans certains cas, cette maladie au retentissement à la fois psychiatrique et physique prend une forme si sévère que les patients – généralement des patientes – refusent d’être soignés, en dépit d’une dénutrition extrême mettant en jeu leur pronostic vital. Les soignants et les familles se trouvent alors devant un dilemme éthique et moral. Peut-on, et faut-il, hospitaliser la personne anorexique contre son gré ? L’obliger à s’alimenter ou à être nourrie par une sonde, quitte à utiliser la contrainte ? Ou alors considérer jusqu’au bout que la liberté individuelle prime, au risque de la mort ?

Ces questions cruciales sont au centre d’une réflexion dont nous avons présenté les prémices lors de la journée de rencontres publiques qui s’est tenue le 9 décembre 2016 sur le thème « Troubles des conduites alimentaires (TCA), contraintes de la maladie, contraintes des soins, quelle articulation ? » Ces échanges, organisés par l’AFDAS TCA, association regroupant spécialistes des TCA et patients, et la mutuelle MGEN, se poursuivent dans l’idée de proposer, à terme, des recommandations pour de meilleures pratiques.

La contrainte, sujet tabou dans les troubles des conduites alimentaires

La contrainte reste un sujet largement tabou dans les TCA. Elle est plus fréquemment mise en œuvre dans d’autres troubles psychiques comme la schizophrénie qui, de fait, suscite la majorité des décisions de soins sans consentement. Aujourd’hui, notre société prône la défense des libertés individuelles, tout en imposant des contraintes réglementaires de plus en plus lourdes. Dans ce contexte paradoxal, la question des soins sans consentement dans les TCA mérite d’être posée collectivement.

À l’Assistance publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), nos deux services hospitaliers accueillent les formes les plus graves de ces troubles. Un partenariat s’est ainsi construit depuis plusieurs années entre l’unité de réanimation nutritionnelle de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) et l’unité psychiatrique spécialisée des TCA de l’hôpital Paul Brousse de Villejuif (Val-de-Marne). Cette collaboration nous a amenés à réfléchir sur les réponses à apporter au refus de soins dans les TCA et à partager nos expériences, non seulement avec d’autres professionnels de santé, mais également avec l’ensemble des citoyens.

Difficile d’évaluer avec précision le recours actuel aux soins sans consentement en France pour les TCA. Les données les plus récentes datent de 2010 – avant les modifications de la loi intervenues en 2011 puis en 2015. Cette année-là, la contrainte a été utilisée chez 4 patients sur 1 000 hospitalisés pour cette maladie, selon le Recueil d’informations médicalisées en psychiatrie. Pour certains, l’expérience s’est avérée traumatisante. D’autres – et parfois les mêmes – considèrent avec le recul que la contrainte leur a sauvé la vie. Globalement, les personnes anorexiques s’expriment peu sur le sujet, alors qu’elles nous semblent avoir beaucoup à dire.

Le ressenti des patients, celui des proches et des soignants

Connaître le ressenti des proches, également, sera capital pour une réflexion approfondie sur la contrainte car ce sont eux, bien souvent, qui sont amenés à demander l’hospitalisation sans consentement. Les équipes soignantes, enfin, se trouvent en première ligne car la décision finale d’imposer, ou non, des soins leur revient. Recueillir leurs expériences peut également éclairer les débats.

Aussi, nous souhaitons proposer aux patients, ex-patients, proches, et soignants, un espace de témoignage et de réflexion sur la problématique des soins contraints dans les TCA. Nous avons associé le média indépendant The Conversation à cette démarche relevant des sciences participatives. À cet effet, la rédaction a créé une adresse mail que chacun peut utiliser pour faire part de son expérience personnelle et de son point de vue. Les courriels reçus (qui ne feront pas l’objet d’une réponse individuelle) nous seront transmis par la rédaction, en respectant l’anonymat de leurs auteurs. Ils seront intégrés, sous forme d’extraits ou de synthèse, à la parution d’un second article que nous consacrerons à ce sujet sur The Conversation.

Source  The Conversation