Vous êtes dans : Accueil > Actualités > À lire, à voir, à écouter > The Conversation : La « schizophrénie », un concept qui a fait son temps

The Conversation : La « schizophrénie », un concept qui a fait son temps

le 11 octobre 2017

Le concept de schizophrénie se meurt. Attaqué depuis des décennies par les psychologues, il semble que ce soit les psychiatres – profession qui l’a pourtant longtemps soutenu – qui lui assènent le coup fatal. Et personne ne regrettera sa disparition.

Aujourd’hui, on considère qu’être diagnostiqué schizophrène réduit l’espérance de vie de près de 20 ans. Seulement une personne sur sept en guérit, un taux variable, cependant, en fonction des critères retenus. Malgré les progrès faramineux annoncés dans les traitements, cette proportion n’a pas augmenté au fil du temps, signe d’un problème de fond.

Une partie de ce problème se révèle être la notion de schizophrénie elle-même.

Les fondements sur lesquels repose l’idée que la schizophrénie est une maladie clairement définie ont en effet été sévèrement ébranlés.

Dans la lignée des réflexions sur le concept de trouble du spectre autistique, l’idée que la psychose (typiquement caractérisée par des expériences hallucinatoires éprouvantes, des idées délirantes, des pensées confuses) puisse exister sur un continuum et à différents degrés est actuellement en discussion. La schizophrénie est alors décrite comme étant l’extrémité du spectre ou d’un continuum de symptômes.

Jim Van Os, professeur de psychiatrie à l’Université de Maastricht (Pays-Bas), estime que nous ne pouvons pas changer notre façon de penser la maladie sans changer notre vocabulaire. Aussi, il propose que le terme schizophrénie soit supprimé. Il suggère de le remplacer par le concept de trouble du spectre de la psychose.

Un autre problème est que la schizophrénie est dépeinte comme une maladie du cerveau chronique et sans espoir de rémission. En conséquence, certaines personnes ayant reçu ce diagnostic, ainsi que leurs proches, ont pu s’entendre dire qu’il aurait été préférable d’être atteint d’un cancer, le cancer étant plus facile à guérir… Pourtant, cette vision de la schizophrénie n’est possible que si l’on ne prend pas en compte les personnes rétablies. Par exemple, on a dit à certaines personnes rétablies que « finalement ça n’était pas la schizophrénie ».

La schizophrénie, dans le sens d’une maladie du cerveau discrète, dégénérescente et sans espoir de guérison, « n’existe pas », estime Van Os.

Un terme qui appartiendra bientôt à l’histoire

La schizophrénie peut au contraire s’exprimer de plusieurs manières différentes. L’éminent professeur de psychiatrie britannique Robin Murray décrit comment :

« Je m’attends à voir bientôt la fin de la schizophrénie… le syndrome commence déjà à décliner, par exemple, dans les cas causés par des variations [génétiques] du nombre de copies d’un gène, l’abus de drogues, les problèmes sociaux, etc. Probablement, ce processus s’accélérera, et le terme de schizophrénie appartiendra bientôt à l’histoire ».

La recherche explore maintenant les différentes façons dont les gens peuvent se retrouver à vivre de nombreuses expériences jugées caractéristiques de la schizophrénie : hallucinations, idées délirantes, pensées et comportement désorganisés, apathie et alexithymie (la difficulté à exprimer ses émotions).

En effet, l’erreur faite par le passé a été de prendre un chemin pour LE chemin d’accès ou, plus généralement, de confondre une route subsidiaire/de campagne avec une autoroute. Par exemple, dans leur étude publiée en 2003 sur le parasite Toxoplasma gondii , transmis aux humains par des chats, les chercheurs américains E. Fuller Torrey et Robert Yolken ont soutenu l’idée que « l’agent étiologique le plus important [cause de la schizophrénie] pourrait s’avérer être un chat contagieux ». Ce n’est évidemment pas le cas.

Source The Conversation