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The Conversation : Les violences à enfant sont aussi psychologiques

le 23 septembre 2016

[The Conversation] Sur France 5, l’émission « Le monde en face » aborde un thème manifestement toujours tabou dans notre société : la violence à enfant. Le reportage « Enfants maltraités : un silence à briser » cherche à alerter les professionnels comme le grand public, sur la réalité des mauvais traitements régulièrement infligés aux plus jeunes. En France, ils peuvent conduire, encore aujourd’hui, à la mort : chaque jour, deux enfants décéderaient de maltraitance, le plus souvent du fait de leurs parents.

La diffusion de cette émission à 20h45, heure de grande écoute, est un choix courageux, car le sujet « n’est pas vendeur », « il plombe l’ambiance », comme le souligne l’un des intervenants. Le reportage (visible en replay pendant une semaine) présente le quotidien de l’Unité Médico-Judiciaire (UMJ) de Paris, qui reçoit les enfants victimes de sévices, pour leur évaluation en vue d’éventuelles poursuites judiciaires. Ces sévices vont de coups de torchon cinglants infligés par un chef cuisinier à son apprenti, aux violences incestueuses au sein des familles, en passant par les bébés secoués, les enfants roués de coups par leurs parents, ou encore les agressions sexuelles perpétrées par des tiers.

Le film ose aborder des aspects de ces violences rarement mis en lumière, par exemple celles exercées par des femmes, ou dans les beaux quartiers. Dans l’histoire de l’adolescent maltraité par sa mère au point d’avoir dû être suturé, la famille habite un appartement de 200 m2 dans le très chic XVIe arrondissement de Paris. Le père aussi est victime de sa femme – c’est d’ailleurs par ce biais que la situation de l’enfant est repérée. Ce cas montre que la violence familiale touche tous les milieux, qu’elle ne se limite pas aux classes sociales les plus défavorisées comme il est souvent confortable de le croire. Il rappelle aussi que la maltraitance n’est pas l’apanage des hommes, que les mères peuvent s’y livrer sur leurs propres enfants, ainsi que sur leurs conjoints, idées souvent très difficiles à admettre.

La violence psychique laisse plus de traces

Ce qui est cependant surprenant dans ce reportage, c’est l’absence de mention de la violence psychologique que peuvent subir les enfants. Ne sont abordés que des exemples de mauvais traitements physiques, même lorsqu’il s’agit d’humiliations infligées par les parents, illustrées ici par l’évocation d’enfants enfermés dans des placards, laissés sur le paillasson, etc. Pourtant, toutes les études sur la violence à enfant menées par la recherche scientifique internationale ont montré que la violence physique seule est rarissime. Elle est toujours accompagnée de violence psychique, et c’est cette dernière qui laisse le plus de traces à moyen et à long terme.

En 1983 s’est tenue aux États-Unis la première conférence internationale sur ce thème (International Conference on Psychological Abuse of the Child). Elle a conduit à l’élaboration d’une définition précise de la violence psychologique à enfant et de ses différentes catégories, ayant permis depuis des milliers de recherches scientifiques internationales sur le sujet. On peut les retrouver dans les imposants ouvrages de synthèse régulièrement mis à jour par l’association américaine des professionnels de la maltraitance à enfant (American Professional Society on the Abuse of Children (APSAC)), le dernier paru en 2010. Ces éléments figurent aussi dans l’ouvrage de Pierre Coslin et Brigitte Tison Les professionnels face à l’enfance en danger : lorsque la méconnaissance fait mal (Masson, 2010).

Source The Conversation