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The Conversation : Peut-on parler d'une épidémie d’autisme ?

le 16 mai 2017

[The Conversation]  Les travaux de préparation du 4ème plan autisme se poursuivent, les mesures devant être inscrites cet automne dans le Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. Des chercheurs de plusieurs pays ont été auditionnés au ministère des Affaires sociales et de la Santé sur les moyens d'améliorer le diagnostic et l'accompagnement des personnes autistes.

Mais que sait-on, aujourd'hui, de la fréquence de l'autisme à travers le monde ? Des informations changeantes, parfois même contradictoires, circulent à ce sujet.

Il est incontestable que le nombre de diagnostics d’autisme, désormais qualifié de trouble du spectre autistique (TSA), n’a cessé de croître au cours des dernières décennies. Ce trouble du développement se caractérise par des difficultés dans les interactions sociales et par des centres d’intérêt restreints.

Dès lors, de nombreux commentateurs n’hésitent pas à parler d’épidémie d’autisme. Et les hypothèses les plus folles circulent sur les causes de cette épidémie, incluant la mise en cause de certains vaccins, et le rôle d’infections microbiennes. D’autres hypothèses plus récentes, nécessitant davantage d’investigations scientifiques, portent sur le rôle éventuel des perturbateurs endocriniens (des molécules supposées interférer avec le système hormonal), ou encore de la pollution atmosphérique.

Cependant, plusieurs facteurs bien connus permettent déjà d’expliquer, au moins en partie, la croissance du nombre de diagnostics. Parmi lesquels un élargissement des critères, et une meilleure reconnaissance des signes de la part des parents, des enseignants, et des médecins.

Une croissance exponentielle du nombre de cas

La courbe ci-dessous (figure 1), représentant la proportion de personnes autistes dans la population américaine, semble être faite pour déclencher la panique, tant la croissance semble exponentielle. Alors que l’autisme était considéré comme un trouble rare dans les années 1970 et 1980, la dernière estimation des agences sanitaires américaines, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), fait état d’une prévalence de 1 cas sur 68. Une étude coréenne a même annoncé une prévalence de 2.6 % dans la population de ce pays, soit environ 1 cas sur 40, sans que l’on sache s’il s’agit d’une augmentation au-delà de ce qui avait été précédemment observé, ou bien d’un résultat isolé non comparable à ceux des autres pays.

Il est important de souligner, au préalable, que l’entité « autisme » dont la prévalence est suivie au fil du temps n’est pas une entité stable et objective : elle dépend entièrement de critères diagnostiques préalablement définis. Or il se trouve que ces critères ont évolué avec le temps.

Changement des critères diagnostiques dans les années 1990

Jusqu’aux années 1990, les nomenclatures comme la 8e édition de la Classification internationale des maladies (CIM-8) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la 3e édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III) américain définissaient des critères diagnostiques correspondant essentiellement à l’autisme typique tel que décrit pour la première fois par le pédopsychiatre Léo Kanner en 1943.

Source  The Conversation