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Article : Le journaliste comme allié de la prévention du suicide ?

le 15 septembre 2017

Nous avons déjà évoqué (en 2015) la problématique des suicides "mimétiques" (connue sous le nom "d’effet Werther") où une sorte de contagion par l’information suscite ou amplifie une vague de suicides. 

Outre le phénomène historique éponyme (la série de suicides "werthériens" consécutifs à la parution du roman de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther), ce phénomène de société s’est reproduit par exemple après la mort de "stars" comme Marilyn Monroe ou Kurt Cobain, et un facteur déterminant de cette hausse du risque suicidaire est l’importance (qualitative et quantitative) de la couverture médiatique dans ce type d’événement. Comme le soulignent Charles-Édouard Notredame et coll., il n’est jamais « anodin de communiquer sur le suicide », d’autant plus que le journaliste est lu, vu ou entendu, aussi, par des sujets vulnérables. Mais un effet inverse existe également : la réduction du risque de suicide par la maîtrise de la communication à son propos, ce qu’on nomme "effet Papageno", en référence à l’opéra de Mozart, La flûte enchantée, où l’oiseleur Papageno, enclin au suicide par dépit amoureux, en est heureusement dissuadé par l’intervention salvatrice de trois chérubins. Résultante de ces deux effets opposés (incitation et dissuasion), la démarche du journaliste répercutant ces informations est donc « susceptible d’avoir un impact significatif en termes de santé publique » explique une équipe qui s’efforce de réduire l’"effet Werther" et d’optimiser au contraire l’"effet Papageno", pour contribuer à contenir le risque de « réaction en chaîne » dans les conduites suicidaires. S’appuyant sur les recommandations officielles de l’OMS et de la charte de Munich, et sur un partenariat (jusqu’alors inédit) entre école de journalisme et université formant des internes en psychiatrie, cette équipe de la région de Lille s’efforce de « promouvoir un traitement médiatique plus responsable du suicide », dans le cadre du programme dit Papageno. En complétant la formation des médecins par des conseils (sous forme de "media-training") pour mieux communiquer sur le suicide et, symétriquement, la formation des journalistes pour mieux parler de certains « mots (psychiatriques) qui fâchent », ce travail novateur de collaboration entre des professionnels de la médecine et de la presse (impliqués directement ou indirectement dans la prévention du suicide) démontre que "médiatique" peut aussi rimer avec "éthique". Dr Alain Cohen

Source JIM