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Article : Pairs aidants, le programme "un chez soi d’abord"

le 29 septembre 2017

Depuis une dizaine d’années, de nouvelles figures émergent dans du médico-social et du sanitaire d’individus reconnus et qualifiés de « pairs » : pairs aidants, pairémulateurs, pairs-accompagnants, médiateurs santé pairs. Ces intitulés mettent tout particulièrement en avant les expériences traversées par ces individus en tant qu’usagers, patients, personnes handicapées, malades, etc., expériences à partir desquelles ils se reconnaissent et sont reconnus comme pairs des publics ciblés par les politiques publiques. 

S’il ne s’agit pas d’un phénomène massif numériquement en France, il convient de souligner l’institutionnalisation progressive de ces pratiques. Ce court article a pour ambition de comparer ces développements dans le champ de la santé mentale et plus particulièrement dans le cadre du programme expérimental « un chez soi d’abord » mis en place de 2011 à 2015.

Contexte d’émergence de la pair-aidance en France

Ce programme se présente comme une réponse possible à deux secteurs d’intervention en crise : celui de la psychiatrie publique et celui de l’urgence sociale.

Crise de la psychiatrie publique

Durant la décennie 2000, on assiste à un affaiblissement des références théoriques psychodynamiques fondatrices et unificatrices du modèle dit de « psychiatrie de secteur ». Le champ conceptuel se fragmente entre différentes approches (neurosciences d’un côté versus réhabilitation sociale de l’autre). La centration des débats des professionnels sur la segmentation de leur propre savoir les rend partiellement sourds à la demande de plus en plus insistante de participation des usagers, et particulièrement à l’aspiration de reconnaissance des savoirs issus de l’expérience d’être ou d’avoir été un patient en psychiatrie, d’avoir vécu la maladie mentale ou encore les effets de la médication, etc. Mais alors que, dès 2002, la promesse de démocratie sanitaire a été relayée en psychiatrie par un rapport officiel proposant de mettre « les usagers au centre du dispositif » (rapport Piel & Roelandt, 2002), la psychiatrie publique n’a pas su ou pu intégrer dans son « logiciel » ces enjeux de savoirs expérientiels malgré de rares travaux impulsés par le Centre Collaborateur OMS  pour la recherche et la formation en santé mentale Secteur 59G21 / EPSM Lille Métropole ( cf recherche action collective sur les pairs aidants, 2007.

Crise de l’urgence sociale

Depuis la moitié des années 2000 (et particulièrement depuis le mouvement social dit des enfants de Don Quichotte en 2006), les dispositifs d’urgence sociale existant ont montré publiquement leurs limites d’insertion. L’inefficience du « parcours par paliers », dénoncée par le rapport Damon (2002), a contribué à maintenir les personnes sans-abris dans une forme de désocialisation et des états de santé durablement dégradés. Le public concerné se composait majoritairement d’hommes adultes, vivant pour de longue période à la rue ou dans des centres d’hébergement, souffrant souvent de troubles psychiques, d’alcoolisme et de toxicomanie, faisant un usage important des services d’hébergement d’urgence et d’autres services publics (police, justice). Pour autant, la personne SDF est restée jusqu’à ici irrecevable dans les dispositifs psychiatriques hospitaliers ou ambulatoires, renvoyée par les équipes psychiatriques à son stigma social. Or la prévalence globale des troubles psychotiques (schizophrénie, troubles délirants persistants et autres troubles psychotiques) est de 13.2% pour les personnes sans-abris, soit 10 fois plus qu’en population générale (Étude Samenta, 2009). Face à ces constats, les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs spécifiques comme les PASS ou les Équipe mobile psychiatrie/ précarité. Indispensables sur le court terme, ces réponses ont paradoxalement mis en relief l’inefficience d’un parcours par paliers où la question du choix et de l’autodétermination des personnes concernées n’est pratiquement jamais abordée.

Vers de nouvelles réponses : « chez soi d’abord » et rétablissement

Comment trouver des solutions à ce qui est devenu en une décennie un problème public global ?

En 1992, un nouveau modèle d’intervention s’expérimente à New York. (Tsemberis et al., 2004). Le « Housing first » est né. Il consiste à offrir, dès le démarrage de l’accompagnement du SDF ayant des problèmes de santé mentale, un logement permanent éliminant ainsi le recours à un hébergement d’urgence ou transitoire. De plus ce modèle d’intervention ambitionne d’inscrire la personne comme locataire et responsable du bon fonctionnement de son « chez soi » ainsi que des relations avec « son » voisinage. Deux principes d’actions caractérisent « le housing first » : l’attribution d’un logement personnel et permanent sans conditions de soins préalable et d’accompagnement qui donne une place importante aux choix des personnes et à leurs capacités à définir quelles sont leurs priorités de vie. La seule exigence vis-à-vis des locataires est qu’une équipe médico-sociale dite intensive (psychiatre, psychologue, travailleurs sociaux et pairs aidants) les rencontrent une fois par semaine à leur domicile ou dans un lieu de la cité qu’ils auraient choisi. Cet accompagnement pluri professionnel s’inspire de l’approche du rétablissement ; Le rétablissement s’est diffusé largement dans l’aire anglo-saxonne depuis deux décennies, donnant lieu à des définitions diversifiées mais dont le point commun concerne l’attention portée au recueil de l’expérience des personnes concernées. Comment font-elles pour vivre leur maladie tout en poursuivant leurs rêves et leurs projets de vie ? Leurs leçons tirées de leurs vécus sont valorisés comme des ressources possiblement mobilisables pour comprendre, faire face et conduire sa vie avec la maladie. De fait, cet intérêt porté sur l’expérience des personnes va légitimer la présence de pairs aidants dans les équipes d’accompagnement. En France, suite à un rapport officiel (rapport Girard, Estecahandy, Chauvin, 2010) un programme expérimental « un chez soi d’abord » commence en 2011 sous la forme d’un essai randomisé contrôlé. Cette expérimentation a pour objectif de permettre à un public de personnes vivant depuis longtemps dans la rue et ayant une pathologie psychiatrique dite sévère (schizophrénie ou trouble bipolaire) d’accéder directement à un logement ordinaire à la condition d’être accompagnées selon des modalités spécifiques par une équipe médico-sociale composée de travailleurs sociaux, médecins, infirmiers, et aussi de pairs aidants, travaillant selon une approche dite recovery oriented  .L’intervention « un chez-soi d’abord » s’est  déployée sur les sites de Marseille, Lille, Paris et, Toulouse. Elle est Initialement prévue sur pour une durée de 3 ans (2011-2014), et prolongée jusqu’en 2016, elle est coordonnée au plan national par une délégation interministérielle : la DIHAL, Elle est accompagnée par une recherche évaluative, conduite sous forme randomisée, multi-sites. Une équipe de recherche évalue pour chaque personne participant à l’étude l’évolution de sa situation en termes sanitaire et social, de rétablissement et de qualité de vie. Outre cette évaluation quantitative, l’expérimentation inclut une étude de nature qualitative qui s’intéresse aux pratiques professionnelles développées par les équipes d’accompagnement, aux trajectoires individuelles des personnes participant à l’étude, ainsi qu’aux facteurs institutionnels et politiques d’implantation du Programme « Un Chez Soi d’abord ».

Source Handirect