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Documentaire : La permanence d’Alice Diop

le 29 juin 2017

La Cimade est partenaire du film La permanence d’Alice Diop. Un documentaire tourné dans la PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé) de l’hôpital Avicenne de Bobigny où Jean-Pierre Geeraert, médecin généraliste, reçoit des migrants en souffrance et en situation de grande précarité.

À l’occasion de ce partenariat, Dorothée Basset, chargée de la thématique santé à La Cimade Île-de-France, revient sur les enjeux de la santé des migrants que l’approche humaine et sensible du film aide à mesurer.

La dimension humaine des souffrances de l’exil

« À partir de l’expérience concrète de la rencontre entre médecin et patients, le film permet d’aborder sous un angle sensible la question de la santé des migrants les plus précaires.

C’est une approche différente et parfaitement complémentaire de l’action que nous menons. Il ne s’agit pas d’un film militant, on n’y trouve pas d’informations au sens juridique ou administratif, mais il sensibilise à tous les enjeux de cette action en plongeant le spectateur dans une réalité violente et intime, en montrant d’abord des personnes, dans toute leur humanité.

En posant sa caméra dans le huis clos de la consultation, sans commentaire (les seules paroles que l’on entend sont celles du médecin et des patients), Alice Diop donne toute leur force aux témoignages qui, à travers les douleurs physiques, mettent en évidence les traumatismes de l’exil. Chaque patient a une histoire singulière mais, le « défilé » qui semble sans fin de ces personnes blessées montre, de façon saisissante parce qu’incarnée, pourquoi elles ont fui leur pays : torture, guerre, violences policières ou familiales, insécurité, spoliation des biens, nécessité de survie sont à l’origine de nombreux traumatismes. C’est également le parcours de l’exil qui implique un traumatisme : non seulement le voyage, mais le fait même de devoir s’exiler. Ce qui s’exprime dans les mots et les maux des patients c’est que l’exil est avant tout un renoncement à son pays « à sa vie, à sa femme, à ses enfants restés au pays » avec un énorme sentiment de culpabilité. Autant de souffrances qui engendrent angoisses, insomnies, problèmes de sommeil, mal à la tête, au dos, envies suicidaires, troubles de la mémoire.

Tous ces symptômes sont exacerbés par les difficultés d’existence en France et l’absence de politique d’accueil. Au long des consultations, ce qu’on découvre ce sont les conditions de vie indignes, extrêmement précaires de la plupart des patients. Autant de « cas » qui révèlent les problèmes que nous dénonçons : le placement en centre de rétention administrative et l’expulsion des personnes malades, la difficulté d’accès à une couverture maladie, la lenteur administrative (il faut six mois pour une demande de titre de séjour pour soin), les difficultés d’intégration même pour les personnes régularisées.

L’engagement d’un homme pour un droit à la santé pour tous : David contre Goliath

Tout cela pèse lourdement sur les questions strictement médicales. Lorsque le médecin soupire : « Ça me fait bizarre de filer des antidépresseurs dans ces situations-là. Ce n’est que l’expression de notre impuissance » , on mesure à la fois la nécessité et les entraves de son travail. Ici la PASS n’est pas un simple lieu où on administre des soins médicaux mais un lieu d’écoute, comme un dernier rempart contre l’indignité, où l’on vient trouver du réconfort, de l’information et de l’aide. Un lieu de confiance dans un monde de défiance : les migrants peuvent se confier et leur parole n’est pas mise en doute, ici on les croit, contrairement à la suspicion généralisée ailleurs.

En montrant son travail, le film est aussi le portrait d’un homme engagé qui va au-delà de la mission originelle de son métier.

Source La Cimade