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Entretien : Entraide mutuelle, le modèle des Alcooliques Anonymes

le 22 septembre 2017

Le réseau des Alcooliques Anonymes, un modèle d’ entraide mutuelle et de pair accompagnement à l’échelle internationale V.D, membre du réseau d’ entraide mutuelle des Alcooliques Anonymes (AA) répond à nos questions en s’appuyant sur les textes officiels du réseau.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire du réseau des Alcooliques Anonymes ?

Je vous propose de découvrir l’histoire de notre réseau à travers cet extrait d’un discours lu et rédigé par nos membres lors de l’ouverture du Congrès national des Alcooliques Anonymes de Nancy en 2016.

Le 12 mai 1935 a lieu la première rencontre entre Bill Wilson et le Docteur Bob Smith à Akron, en Ohio. Bill, abstinent depuis peu, ne fit pas la morale à Bob, ne lui donna aucun conseil, ne lui demanda aucune promesse. En revanche, il lui raconta son histoire…
Bob se reconnut dans l’histoire de Bill puisqu’il accepta de subir une nouvelle cure de désintoxication, qui cette fois fut la bonne…
Le 10 juin 1935 Bob buvait son dernier verre d’alcool (jour de naissance des Alcooliques Anonymes) et naissance du 1er groupe à Akron. En 1937 : 40 alcooliques sont devenus abstinents…
En 1938 : les 12 étapes sont rédigées et la rédaction du livre  »Alcoolics Anonymous » (le big book) commence. Il sera publié l’année suivante en 1939 et les AA comptent alors 100 membres. En 1941 on compte déjà 8000 membres. En 1946, la première rédaction des 12 traditions voit le jour.
En 1950, s’est tenu à Cleveland le premier Congrès international des AA. Le Dr Bob y a fait sa dernière apparition publique, centrant son message final sur la nécessité de garder toute sa simplicité à la formule des AA.
Avec tous les participants, il a été témoin de l’adoption enthousiaste des Douze Traditions des Alcooliques anonymes comme cadre permanent de fonctionnement des AA dans le monde entier. (Bob est mort le 16 novembre de la même année).

En 1953 la brochure  » Les 12 étapes et les 12 traditions » est publiée.
En 1955 a eu lieu à Saint Louis le deuxième Congrès international pour célébrer le 20e anniversaire du Mouvement. À cette date, la Conférence des Services généraux avait fait la preuve de son utilité. En cette occasion et au nom des pionniers des AA, Bill a confié à la Conférence et à ses administrateurs la charge de voir désormais à la bonne marche et à la survie des AA. Dès ce moment-là, le Mouvement devenait autonome : le Mouvement des AA était devenu adulte.

En juillet 1965 plus de 10 000 membres venus du monde entier se réunissent à Toronto pour le 30e anniversaire. Le 24 janvier 1971, par suite d’une pneumonie, Bill mourait à Miami Beach, en Floride, où, sept mois plus tôt, lors du Congrès international du 35e anniversaire, il avait livré ce qui devait être son dernier message à ses amis AA : « Que Dieu vous garde toujours, vous et le Mouvement des Alcooliques anonymes ! ».
Les Alcooliques anonymes comptent aujourd’hui plus de deux millions de membres, répartis dans 170 pays à travers le monde. Soit 115 000 groupes d’ entraide mutuelle dont environ 600 en France.

Parlons maintenant de l’implantation de A.A. En France :
Depuis 1949 des membres AA de nationalité américaine se réunissent à Paris dans l’arrière salle d’un bistrot. À partir de1955 leur groupe se tient au 65, Quai d’Orsay.

En 1960 Joseph Kessel publie dans France soir une série d’articles sur les AA américains et notre ami Manuel ayant lu ces articles, se sent concerné, écrit à France Soir et reçoit en réponse une lettre chaleureuse de Nick H. Il se rend au 65, quai d’Orsay, rencontre les Américains, leur demande s’il peut organiser une réunion en français dans une salle voisine, ce qui lui fut accordé.
Le premier groupe AA de langue française sur notre territoire voit le jour. Il était composé de : Manuel M, d’origine espagnole, François B, un Tchèque, Lennard, suédois.

Au début de l’année suivante, le premier comité de groupe composé de six membres est constitué.
En 1963, il y a pratiquement une réunion par jour à Paris, mais il faudra dix ans avant que l’on puisse compter 6 groupes d’ entraide mutuelle AA dans la capitale.

Des groupes voient également le jour en province. En 1970, la France compte 23 groupes et organise sa première conférence des Services Généraux. En 1980 on dénombre 62 groupes et on adopte le principe du découpage des régions En 1985, 19 régions sur 23 participent à la Conférence. En 1995 on peut se réunir dans 480 groupes, en 2000 dans 550, et aujourd’hui dans près de 600 groupes

Ces mots d’un de nos membres résument justement AA :

 » Le salut des AA Passe par les yeux et les oreilles. Nous ne croyons que ce que nous voyons et entendons. La maladie n’est pas raisonnable et le salut non plus. »  

Comment fonctionne le réseau des alcooliques anonymes ?

AA fonctionne grâce à des groupes. Deux alcooliques qui parlent ensemble d’alcoolisme et de ses conséquences et ne revendiquent aucune autre appartenance peuvent se dire groupe AA. Il n’y a pas d’autres conditions. Les groupes AA se réunissent en général une fois par semaine à heure fixe. Tous les groupes sont répertoriés sur les sites Internet AA (en France : http://www.alcooliques-anonymes.fr/ ), les numéros de contact téléphonique sont aux annuaires et sont donc facile à trouver.

Deux types de réunions :
La liberté est totale : il suffit de venir, on est accueilli. Aucune inscription, anonymat oblige, aucune obligation, aucun annuaire, aucune demande…

Dans chaque groupe est présenté le texte suivant : 

Notre méthode

Rarement avons-nous vu faillir à la tâche celui qui s’est engagé à fond dans la même voie que nous. Ceux qui ne se rétablissent pas sont des gens qui ne peuvent ou ne veillent pas se soumettre complètement à ce simple programme. Ce sont d’habitude des hommes et des femmes qui sont naturellement incapables d’être honnêtes envers eux-mêmes. Il y en a de ces malheureux. Ce n’est pas leur faute, ils semblent être nés ainsi. Leur nature ne leur permet pas de comprendre et de mettre en pratique une façon de vivre qui exige une rigoureuse honnêteté. Leurs chances de réussir se situent au-dessous de la moyenne. Il y a aussi ceux qui souffrent de graves désordres émotifs et mentaux ; mais plusieurs d’entre eux se rétablissent s’ils sont capables d’honnêteté.

Les récits de nos vies révèlent, de façon générale, ce que nous étions, ce qui nous est arrivé et comment nous sommes maintenant. Si vous avez décidé que vous voulez ce que nous avons et que vous voulez tout faire pour l’obtenir, alors vous êtes prêts à prendre certaines mesures.
Voici les étapes que nous avons suivies et que nous proposons comme programme de rétablissement :

  1. Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool – que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.
  2. Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison.
  3. Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous Le concevions.
  4. Nous avons procédé sans crainte à un inventaire moral approfondi de nous-mêmes.
  5. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts.
  6. Nous étions tout à fait prêts à ce que Dieu élimine tous ces défauts.
  7. Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos défauts.
  8. Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles.
  9. Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes dans la mesure du possible, sauf lorsqu’en ce faisant, nous risquions de leur nuire ou de nuire à d’autres.
  10. Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus.
  11. Nous avons cherché, par la prière et la méditation, à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l’exécuter.
  12. Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d’autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.

C’est ce que nous appelons le programme de rétablissement suggéré. Aucune obligation là non plus.

Ce programme est dit « spirituel », mais non confessionnel. La conception d’un dieu n’est pas obligatoire, c’est dieu tel que chacun peut le concevoir ou pas. Ce peut être le groupe, le mouvement, la vie, le temps, ou une puissance supérieure quelconque, ou rien.

Certains membres choisissent de pratiquer les étapes avec un parrain ou une marraine et s’en portent bien.

À lire ces différentes étapes, on a l’impression que la religion tient une très grande place dans le réseau des Alcooliques Anonymes…

La religion est évoquée mais pas au sens confessionnel, car les AA comptent beaucoup de gens de tous horizons dont une grande partie qui ne sont pas croyants. Quand on mentionne un « Dieu » dans nos documents, c’est simplement pour laisser tels quels les textes fondateurs du réseau, car ce serait très compliqué de les modifier tellement le mot Dieu est cité. À partir de là, c’est au sens où chacun le conçoit. D’ailleurs il y a eu des personnes agnostiques dès le début. On se réfère donc à quelque chose qui n’est pas soi-même pour avancer, on essaye d’apprendre à faire confiance aux autres plutôt qu’à soi-même uniquement. Cela part donc de cette confiance au groupe de présents, et après, pour la « puissance supérieure », chacun l’interprète comme il veut. Pour ma part j’ai décidé de remplacer le mot dieu par « le temps ». J’ai décidé de faire du temps un allié qui peut m’aider à aller mieux. Cela n’a rien à voir avec une religion déterminée, et des groupes se montent partout y compris au Maghreb, en Asie… toujours avec ces textes fondateurs. Le seul lien que l’on trouve remonte aux origines du réseau des AA aux États-Unis, car à l’époque les gens qui essayaient de s’occuper du rétablissement des personnes alcooliques étaient des protestants du groupe d’Oxford. Et cela fonctionnait assez mal parce que justement c’était une forme d’embrigadement. Ils ont alors trouvé la solution qui rassemblait tout le monde en ajoutant aux fondements la notion de « Dieu tel que chacun le conçoit ».

Source Handirect