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Exposition : Entrer dans la peau d’une anorexique

le 27 juin 2016

[Le Temps] Une exposition explore la maladie en variant les approches. «Je me regardais dans le miroir, je me voyais énorme et je me touchais et je sentais mes os et ça m’a énormément perturbée, je ne comprenais pas.» Parmi d’autres, ce témoignage d’une jeune anorexique donne toute son intensité à l’exposition Ados à corps perdu , à voir dès aujourd’hui au Musée international de la Croix-Rouge en Suisse.

Montée au Musée d’Aquitaine il y a dix ans, en collaboration avec le Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux, cette exposition sur l’anorexie a été adaptée et actualisée. Une thématique surprenante pour l’institution genevoise? Pas de l’avis de son directeur, Roger Mayou: «Le musée reflète des questions de société, d’ici et d’ailleurs. Ce thème des troubles alimentaires révèle les rapports tendus que notre monde entretient avec la nourriture, entre trop et trop peu.»

A travers une scénographie vivante et variée, riche sans être trop chargée, Ados à corps perdu multiplie les approches. «Nous voulions donner à l’exposition une dimension culturelle et historique, et pas uniquement médicale», explique le commissaire Christian Block. La question de l’idéal de beauté occupe une place importante dans ce parcours. Sculptures, peintures et photos confrontent des représentations de la femme dans diverses cultures et à différentes époques.

Concours de maigreur

Le grand écart entre les formes plantureuses d’une Vénus préhistorique et le cliché d’un top modèle émacié sur un podium frappe particulièrement. De même que ce tableau de sainte Catherine de Sienne: morte pour avoir cessé de s’alimenter, elle est figurée avec des formes généreuses, suivant les canons du XVIIe siècle…

L’importance grandissante des réseaux sociaux est également abordée, en particulier la tendance à ériger l’anorexie comme choix de vie, et même comme idéal. Des selfies de jeunes femmes faisant des concours de maigreur alternent avec des slogans chocs, comme «Pretty girls don’t eat» («Les jolies filles ne mangent pas»). Effrayant.

La partie qui retrace les différents stades de la maladie a été réalisée en collaboration avec les Hôpitaux universitaires de Genève. Engagement du régime, déni de maigreur, constat de la maladie ou réintégration dans la société sont évoqués par des mises en scènes et des objets, notamment des autoreprésentations du corps réalisées par des jeunes femmes dans le cadre d’ateliers. Un carnet où est noté le nombre de calories ingérées répond à un cahier de thérapie rédigé à l’hôpital, très émouvant.

Source Le Temps