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Initiative : Et si une solution était la psychiatrie citoyenne ?

le 19 octobre 2017

Ce mardi 10 octobre est la Journée mondiale de la santé mentale. Les personnes atteintes de troubles psychiques font encore très souvent l’objet de stigmatisation. Exemple d’une initiative qui vise à lutter contre ce phénomène.

Jusqu’à présent, et depuis la nuit des temps, les ‘fous’ ont été rejetés, stigmatisés, discriminés… On les a mis dans des asiles pour que la société puisse vivre en paix parce que ces gens étaient considérés comme dangereux, ce qui est d’ailleurs toujours le cas ", s’insurge Marie-Noëlle Besançon, psychiatre, psychothérapeute et fondatrice, en 1990, de l’association Les invités au festin (IAF) , qui œuvre en faveur des personnes souffrant de solitude et d’exclusion liées à des troubles d’ordre psychologique ou/et à des difficultés d’intégration socio-professionnelle.

Il aura fallu que, à l’époque jeune interne, elle découvre avec stupéfaction et tristesse les conditions de vie des patients séjournant dans les hôpitaux psychiatriques pour que l’évidence et l’urgence de trouver une structure adaptée à ces personnes, "une alternative à la prise en charge stigmatisante et déshumanisante de l’asile ", lui sautent aux yeux.

Et c’est ainsi que, en 2000, avec son époux, Jean Besançon, elle créa la Maison des sources à Besançon, un lieu d’accueil non médicalisé, basé sur une vie communautaire, pour des personnes souffrant de troubles psychiques et/ou sociaux, afin qu’elles puissent retrouver leur place dans la société.

Se définissant comme "une expérience innovante d’alternative psychiatrique, humaniste et citoyenne ", IAF s’appuie sur les quatre principes fondateurs de la démocratie : la fraternité (et non l’exclusion), l’égalité (et non l’assistanat), la liberté (et non l’enfermement), la solidarité économique (et non l’individualisme). Elle entend "développer la pleine citoyenneté de tous pour un mieux vivre-ensemble ".

Derrière tous ces mots, il y a une réalité, bien concrète. Celle de ces lieux où tous, sans distinction, partagent le quotidien. Il y a bien sûr les personnes en souffrance psychique et/ou sociale. "La plupart du temps, ce sont des gens qui ont une étiquette de schizophrénie, ou alors des personnes qui souffrent de troubles dépressifs plus ou moins graves, d’un handicap, d’alcoolisme, d’addiction, de séquelles d’un traumatisme crânien…, énumère Marie-Noëlle Besançon. Quels qu’ils soient, ce sont toujours des gens qui ont un problème avec la solitude. "

"On dit qu’ils sont fous et je vis avec eux"

Puis, il y a des salariés, mais aussi de nombreux citoyens bénévoles. Car la Maison des Sources repose sur un concept, celui de psychiatrie citoyenne. "Cela correspond à la volonté de développer la citoyenneté de tous les citoyens, y compris ceux qui ne sont pas forcément concernés par la santé mentale, même si nous pensons que tout le monde est concerné, car nous avons tous une santé mentale , nous explique Marie-Noëlle Besançon, auteur de "On dit qu’ils sont fous et je vis avec eux" (Ed. de l’Atelier, 2006). Nous avons tous un risque sur quatre d’avoir un trouble de santé mentale au cours de notre vie. Notre principe est que ce ne soit pas seulement l’affaire de la personne malade, des familles, des soignants, de l’Etat…, mais bien l’affaire de tous. Nous estimons en effet que la folie, ou la santé mentale font partie de la vie et que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice ."

Désireuse de voir disparaître les hôpitaux psychiatriques "qui stigmatisent encore plus une maladie qui est déjà très difficile à vivre ", la psychiatre citoyenne vise, via ces lieux d’accueil et de vie, à "redonner leur citoyenneté à des gens qui l’ont perdue du fait de la maladie et du fait qu’eux-mêmes s’excluent de la société, nous confie-t-elle. Ils ont en effet cette fâcheuse tendance à s’isoler, ils ont peur des autres, de l’étiquette… Ils éprouvent des difficultés dans la relation, avec les autres, avec la société mais aussi avec eux-mêmes. C’est pourquoi nous devons les aider à être bien avec eux-mêmes, à retrouver le lien avec eux-mêmes, avec l’autre et avec la société en général. C’est tout ce travail que nous faisons et qui consiste à les aider à reprendre toute leur place dans la société. A arriver à une pleine citoyenneté ".

Source La Libre