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Sism 2017 : Retour sur la journée Santé mentale et travail du collectif 93

le 21 avril 2017

[EPS Ville Evrard] Brigitte Delphis, déléguée départementale de l’Unafam, souligne en introduction que le travail est un droit, qui favorise l’inclusion sociale et le rétablissement des personnes vivant avec un trouble psychique. La solidarité de la puissance publique est nécessaire pour les accompagner dans ce défi.

Elle remercie les invités pour leur présence, qui atteste, comme les multiples dynamiques mises en place au niveau départemental et national, de cette solidarité. Les dispositifs de droit commun doivent s’adapter aux personnes handicapées et non l’inverse. 

Magalie Thibault, vice-présidente du Conseil départemental 93, en charge de l’autonomie des personnes âgées et handicapées, rappelle que le département s’investit depuis 2010 aux côtés de l’Unafam pour organiser ces journées sur la santé mentale. Un tiers des demandes adressées à la MDPH concernent les troubles psychiques. Grâce à l’engagement de l’Etat et de l’ARS aux côtés du département, le plan Défi handicap voté en octobre 2016 prévoit la création de 1000 places supplémentaires en établissements et services. L’Unafam vise également à développer les liens entre le sanitaire et le médico-social, avec l’habitat inclusif et la PCH mutualisée. Elle salue le travail des associations sur le département. L’OMS s’inquiétait dès 2010 des risques psychiques représentés par le chômage de masse. Le maintien dans l’emploi notamment reste plus difficile à assurer que l’insertion professionnelle. 

Jean-Pierre Horreard, délégué territorial de l’agence régionale de santé, convient que le lien entre la santé et le travail devra être mieux pris en compte dans le futur Projet régional de santé de l’ARS. La difficulté à surveiller les impacts du travail tient au caractère multifactoriel et non spécifique des troubles engendrés. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), depuis la loi 2005, est une avancée essentielle. Les 21 ESAT de Seine-Saint-Denis offrent également une gamme complète d’activités adaptées aux personnes exclues des emplois ordinaires, même si l’égalité d’accès aux ESAT reste également à améliorer. Un droit à une assistance éducative devrait être accordé minimalement. 

Sophie Albert, directrice générale de l’EPS Ville-Evrard, rappelle que la journée SISM de l’année précédente, portant sur la santé mentale et la santé physique, a abouti à une convention avec la Fédération nationale des centres de santé visant à resserrer les liens entre les CMP et les centres de santé. Elle évoque les travaux engagés depuis un an  autour des enjeux d’amélioration des parcours de santé et de vie des malades  qui  ont mobilisé institutions et associations du département et la question du décloisonnement des financements du médico-social et du sanitaire. 

Le Dr Laurent Vassal, président de la CME de l’EPS Ville-Evrard, souligne la nécessité de travailler davantage avec les familles, les associations et les partenaires. De plus en plus de patients souffrent de la situation sociopolitique actuelle (fracture numérique, crise du travail, des valeurs, etc.) et font état d’un sentiment d’exclusion et d’anomie. La Communauté psychiatrique de territoire travaillera à l’échelle du département dans le cadre d’un collège médical préfiguratif, dont les axes de travail incluront notamment l’accueil des migrants, qui impacte particulièrement le 93, au même titre que la démographie croissante. Les acteurs de la santé devront être dotés des moyens afférents. 

Fadela Benrabia, préfète déléguée à l’égalité des chances de Seine-Saint-Denis, rappelle combien l’évolution extrêmement rapide de la société empêche les personnes touchées de troubles mentaux de trouver des repères et de satisfaire aux compétences et performances inouïes actuellement demandées. L’hypersélectivité de l’école, puis l’absence de collectif dans l’espace professionnel, entraînent des troubles qui ne sont pas traités, d’abord parce qu’ils font peur. La responsabilité des médias à cet égard est importante. Fadela Benrabia soutient donc cette journée et sera attentive à ses conclusions.

Conférence : Les pratiques de soins de réhabilitation, en quoi favorisent-elles le parcours vers et le maintien dans l’emploi ? 

Le Dr Khalid Kalalou, psychiatre responsable du centre de psychothérapie, pôle 93G03, et Clémence Isaac, psychologue au pôle 93G03, doctorante sur la remédiation cognitive dans le trouble bipolaire, expliquent que la dimension cognitive de la schizophrénie a été occultée par la séparation entre le psychologique et le cérébral. La schizophrénie se manifeste par des troubles positifs (un délire, des hallucinations) ou négatifs (un émoussement affectif, une pauvreté du discours, une anhédonie et des troubles de la motivation), mais aussi par des troubles de la neurocognition (troubles de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives) et de la cognition sociale (perception des expressions des émotions, compréhension des états mentaux chez autrui, difficultés avec la métaphore et avec la réflexivité sur sa propre pensée). 70 à 80 % des patients schizophrènes souffrent ainsi de troubles cognitifs. Or, leur pronostic à long terme se mesure davantage à la sévérité de leurs troubles fonctionnels que de leurs troubles cliniques. 

Le traitement de la schizophrénie ne saurait donc se résumer à la pharmacothérapie, qui reste indispensable, mais n’agit pas sur les symptômes cognitifs et négatifs. Ceux-ci supposent une réhabilitation psychosociale et des mesures de prévention des pathologies somatiques et des addictions. Les méthodes employées sont alors la psychoéducation, le travail avec la famille, l’entraînement aux habiletés sociales, les TCC (qui portent sur la façon d’interpréter les événements pour traiter leurs conséquences sur le comportement) et la remédiation cognitive. 

Cette dernière cible des fonctions cognitives spécifiques par un entraînement intensif : l’attention, la mémoire, la résolution des problèmes et la cognition sociale. Son coût est modeste et ses effets secondaires nuls. D’abord proposée aux personnes souffrant de lésions psychiques, elle a été appliquée à la schizophrénie du fait des liens étroits entre symptômes cognitifs et fonctionnement social. Les programmes sont généralement organisés en modules d’exercices de difficulté progressive, que le patient peut suivre seul chez lui. Les séances peuvent être collectives (jusqu’à 5 patients) ou individuelles. Une thérapie de trois mois permet au patient d’intégrer des stratégies cognitives qui rendront possible son retour vers le travail, dont l’enjeu majeur reste l’accomplissement de soi. Le bénévolat en est donc une modalité à part entière. 

La remédiation cognitive commence également à être appliquée aux troubles bipolaires, à la dépression, l’anorexie, la TDAH et à l’autisme.

Source EPS Ville Evrard