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Article : Demain, la dépression sera dépistée par un médecin virtuel !

le 21 avril 2017

[Le Point] Des chercheurs français viennent de créer le premier "agent conversationnel animé" qui mène un entretien interactif intelligent sur le mal-être.

Elle s'appelle Julia, elle a l'apparence d'une femme, mais elle n'a pas de cœur. Et pour cause, c'est un « agent conversationnel animé », et plus précisément le premier humain virtuel capable de conduire un entretien interactif intelligent pour diagnostiquer des troubles dépressifs. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir de l'empathie puisque son programme a été conçu à partir de scénarios médicaux réels pour aider les personnes à verbaliser leurs problèmes de santé. Il est l'œuvre de chercheurs du laboratoire Sanpsy (Sommeil - Addiction - Neuropsychiatrie ; unité CNRS et université de Bordeaux). Julia a été récemment présentée dans la revue open source de Nature , Scientific Reports.

« L'enjeu n'est pas de remplacer le médecin, mais de l'assister pour diagnostiquer plus rapidement des patients non identifiés comme dépressifs, voire d'assurer, dans le futur, un suivi médical de qualité au domicile du patient », tiennent à rassurer les « pères » de ce médecin virtuel, le professeur Pierre Philip et ses collègues. Ils ajoutent que « cette recherche s'inscrit dans une idée d'hôpital numérique qui assurera un continuum de prise en charge des services hospitaliers jusqu'au domicile des patients afin d'augmenter l'autonomie de ces derniers ».

Tout d'abord, les chercheurs rappellent que l'entretien en face à face est l'examen de référence pour le diagnostic des troubles mentaux. « Cet entretien entre un humain virtuel et un patient est construit à partir d'un référentiel médical validé (selon les critères du DSM-5) enrichi par des tournures de phrases et des interactions gestuelles et faciales renforçant l'engagement du patient dans l'interaction », expliquent-ils. Le logiciel utilise la technologie Kinect* (Microsoft) pour repérer des personnes dépressives à partir des mouvements du corps, de leur regard, de leur visage et de leur voix.

Moitié moins qu'un « vrai » médecin

Pour leur étude, ils ont inclus 179 patients adressés au CHU de Bordeaux initialement pour des troubles du sommeil. Chacun a « échangé » pendant quelques minutes avec un psychiatre et avec Julia, dans un ordre aléatoire. À l'issue de chaque entrevue, il a rempli un questionnaire (inventaire de Beck) afin de déterminer la sévérité de la dépression et l'acceptabilité de ce « pseudo-médecin ». Au total, un épisode dépressif majeur a été diagnostiqué par le psychiatre chez 35 patients. Julia n'en a correctement identifié que 17, à peine la moitié. Peut mieux faire, serait-on tenté de dire. Mais la sensibilité de ce test augmente avec la sévérité des symptômes dépressifs.

Ce travail montre donc qu'un agent virtuel « peut réaliser des entretiens cliniques standardisés, reproductibles et bien acceptés par les patients dans des conditions médicales », concluent les chercheurs. Julia et ses consœurs (ou confrères ?) pourraient permettre « un diagnostic précoce et le suivi des patients, des procédures coûteuses et chronophages, dans un contexte de vieillissement de la population et de baisse de la démographie médicale ». Le laboratoire Sanpsy teste aussi actuellement le médecin virtuel pour le diagnostic de la somnolence diurne excessive ou de l'addiction à l'alcool.

Source Le Point