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Article : Instagram est-il le réseau social le plus néfaste pour la santé mentale ?

le 15 juin 2017

[Neon] Instagram serait nuisible aux utilisateurs les plus fragiles. Une spécialiste nous éclaire.

Des selfies avantageusement filtrés, des couchers de soleil ou des sommets enneigés de rêve, des existences apparemment parfaites… Sur Instagram, tout semble merveilleux et impeccable. Au point de susciter angoisses et baisse d’estime de soi chez certains usagers.

C’est le résultat d’une étude menée par des chercheurs britanniques de la Royal Society for Public Health sur près de 1500 ados et jeunes adultes utilisateurs des réseaux sociaux. Sa conclusion : Instagram est le réseau social le plus nocif pour la santé mentale et le bien-être.

Basée sur l’art de la mise en scène (forcément avantageuse) de sa propre vie, l’appli entretient ce sentiment propre à l »époque : le FOMO, ou « fear of missing out », soit la peur de rater un moment incontournable (un de nos journalistes en souffre). Sans parler de l’anxiété sociale et la dévalorisation de son propre corps, au vu des abdos saillants et #healthy qui défilent en homepage. A l’inverse, YouTube apparaît comme le réseau social aux effets les plus bénéfiques : baisse de l’anxiété de la dépression et du sentiment de solitude.

L’une des chercheuses conclut dans le rapport : « Les jeunes nous ont dit que les réseaux sociaux ont un impact à la fois positif et négatif sur leur état mental. Il est intéressant de voir Instagram et Snapchat les plus mal classés en termes d’impact sur la santé mentale et le bien-être ; ces deux plate-formes sont très centrées sur l’image et il semblerait qu’elles suscitent des sentiments d’anxiété, et de n’être pas à sa place, chez les jeunes. »

Fanny Georges, sémiologue et maître de conférences à la Sorbonne, spécialiste de la représentation de soi et de l’identité numérique, éclaire : « Instagram est une application très liée à l’affect. Sa présentation sous forme d’images, sans mises en mots ou presque, implique un rapport très affectif au contenu, pas forcément rationalisé. » Selon elle, l’aspect pernicieux d’Instagram réside dans sa page d’accueil, qui met tout sur le même plan ; photos persos et autres posts. « On se compare, résume-t-elle, on voit le nombre de likes des autres. »

C’est prouvé et établi par de nombreuses études (récemment celle-ci aux Etats-Unis), l’usage intensif des réseaux sociaux et la dépression sont intimement liés, et s’entretiennent l’un l’autre dans un cercle particulièrement vicieux. Alors que faire ? Fanny Georges recommande, sans surprise, la plage de déconnexion. La chercheuse porte un regard particulièrement pessimiste sur cette consommation à haute dose devenue notre lot quotidien.

« On agit en fonction des autres en permanence, on est dans un processus de validation. Dès qu’on a un moment de libre se glissent toutes ces applis, qui interdisent les moments de solitude. Or, le fait de passer du temps seul à ne rien faire compte beaucoup pour la conscience de soi et la réflexivité. Il n’y a plus de place pour la réflexivité, ce qui implique une hausse de la dépression. L’autre effet délétère, c’est qu’on intériorise les représentations des réseaux sociaux qui sont des applis marchandes : plus on va consommer, être beau, plus on va être heureux. C’est un univers de superficialité, de l’injonction. »

Source Neon