Vous êtes dans : Accueil > Actualités > E-Santé > Article : Le docteur, Internet et moi

Article : Le docteur, Internet et moi

le 16 janvier 2017

[Le Monde] "Hippocrate ­serait un twitto influent ". Forums, blogs et sites spécialisés ont mis fin à l’exclusivité de l’expertise en matière de santé. Cette évolution oblige les médecins à faire du numérique leur allié

« Vous êtes allé sur Internet ? Sur quel site ? Quel forum ? Qu’en avez-vous retenu ? » Ces questions, le docteur Didier Mennecier les pose à chacun de ses ­patients, à peine assis face à lui. Le médecin, le malade et Internet. La consultation se joue désormais à trois, a compris l’hépato-gastro-entérologue. Docteur Google est aussi dans le bureau.

Depuis dix ans, ce médecin qui officie près de Paris, à l’hôpital militaire Bégin, a fait du numérique un allié. « Quand j’embraye ma consultation, je sais à quel niveau nous en sommes. Si c’est une hépatite virale B, qu’ils ont compris la différence entre virus mutant et ­virus sauvage, je ne réexplique pas, je donne des infos sur les nouveaux traitements, et je rentre dans l’intime. Votre maladie vous gêne ? »

Premier réflexe : Google

Ce que les patients n’osent pas lui confier spontanément – leurs éventuelles difficultés sexuelles, compagne ou employeur encore tenus dans l’ignorance –, le médecin en a pris connaissance sur les forums qu’il fréquente assidûment. Comme « Vivre avec le Crohn », groupe Facebook aux 4 500 inscrits qu’il modère gracieusement. Il y observe le vécu de cette maladie inflammatoire de l’intestin, le rapport aux traitements, bref, « la vraie vie des patients ».

Sa consultation s’en inspire. Comme le contenu de son site Hepatoweb, où 7 000 personnes viennent chaque jour piocher des infos, regarder, avant examen, des vidéos de coloscopies, d’IRM du foie, ou s’enquérir de sites, forums, applications mobiles de santé dignes de confiance – le docteur en a lui-même développé trois. « Je suis un extraterrestre », conçoit-il. En décalage avec les confrères qui, sitôt la blouse revêtue, oublient les outils numériques utilisés dans leur vie privée.

Le premier réflexe des malades ? Pas le thermomètre. Google ! Le Web est envahi de « contenus santé ». Mais, ­devant leur médecin, ils noient maladroitement le poisson. « J’ai entendu dire que… », « Quelqu’un dans ma famille m’a parlé de cet examen… » Trop peur d’une réaction pincée, voire franchement agacée. « La majorité des médecins pratiquent comme si Internet n’existait pas. Même moi, quand je dis que je suis “consultante Internet santé”, ils n’en tiennent pas compte dans la consultation ! », s’amuse Denise Silber, fondatrice du congrès Doctors 2.0 & you.

Risque de fracture numérique entre patients et médecins

En 2015, le livre blanc du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) sur la santé connectée signalait un risque de fracture numérique entre patients et médecins. Pour ces derniers, Internet est encore souvent « un perturbateur de la ­relation, quasiment une mise en cause de leurs compétences », regrette Jacques ­Lucas, vice-président de ce conseil.

Source Le Monde