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Article : Les applications mobiles au secours de la dépression

le 10 novembre 2017

Deux tiers des applis dédiées à la santé portent sur les troubles de l’humeur légers et modérés. Un océan de gadgets duquel émergent des outils qui commencent à faire leurs preuves. Des psys 100 % virtuels apprennent même à diagnostiquer des dépressions.

Internet pourrait-il devenir un filet de sécurité pour les personnes en souffrance psychologique ? C'est en tout cas l'ambition de Google. Aux États-Unis, toute personne qui tape le mot "mood disorder"  (dépression) dans le moteur de recherche se voit aussitôt proposer le test PHQ-9, bien connu des psychiatres. Neuf questions pour autoévaluer son niveau de "déprime". Opération marketing ? Coup d'épée dans l'eau ? "Non, répond le Pr Philippe Courtet, psychiatre au centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault). De toute façon, nous voyons beaucoup de patients qui font des autotests. Tant mieux si le PHQ-9 , qui est validé scientifiquement, est distribué largement" . En clair, les psychiatres ne sont pas contre un "petit coup de main" face à l'ampleur de la tâche : en France, on estime en effet qu'une personne sur cinq souffre ou souffrira d'une dépression au cours de sa vie. Parmi ces millions de malades, beaucoup ne seront pas diagnostiqués et plus du tiers ne bénéficiera d'aucun traitement.

Attention ! le pire côtoie souvent le meilleur

Internet et les smartphones ne sont pas avares en sites et applications censés aider chacun à mieux gérer son humeur, le pire côtoyant souvent le meilleur. "La grande majorité des applications mobiles qui s'adressent aux dépressifs relèvent du bien-être et non de la prise en charge médicale, précise Joël Swendsen, psychologue, directeur de recherche au CNRS. Et beaucoup sont même dangereuses car le mot dépression est utilisé à tort et à travers ! Résultat : d'authentiques malades pensent - à tort - qu'ils sont pris en charge."  Sans compter que la sécurité des données sensibles recueillies laisse trop souvent à désirer. Une étude australienne a ainsi révélé en 2015 que sur les 79 applis certifiées fiables par le NHS, l'agence gouvernementale de santé britannique, 89 % transmettaient des données à un tiers et aucune ne disposait d'un système de cryptage…

Submergés, les psychiatres continuent malgré tout de faire preuve d'intérêt pour les nouvelles technologies. Tout comme les personnes dépressives, ou se croyant telles, qui se sentent parfois délaissées. En France, le manque de psychiatre contraint en effet les patients à attendre en moyenne 32 jours pour obtenir un rendez-vous ! "Et même dans la situation idéale où une personne dépressive obtient un rendez-vous par semaine, elle est seule 95 % du reste du temps" , reconnaît Joël Swendsen. En outre, pour diagnostiquer une dépression ou prédire un risque de rechute, les psychiatres ne disposent pas d'outils fiables ni de marqueurs biologiques comme c'est le cas pour d'autres pathologies (prise de sang…). "Nous ne faisons que des évaluations a posteriori, en demandant à nos patients de se souvenir de leur humeur au cours des dernières semaines. Le biais de remémoration est inévitable" , explique Philippe Courtet. D'où l'intérêt de certaines applications d'aide au diagnostic ou de prévention. "Il est essentiel de développer l'éducation émotionnelle, estime ainsi le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre au CHU de Créteil (Val-de-Marne). Contre les troubles anxieux, des conseils simples pour affronter des situations de stress permettent à chacun de renforcer ses défenses. Ces conseils sont souvent plus accessibles et plus conviviaux que ceux que nous donnons."

Source Sciences et Avenir