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Opinion : L’hyper-connexion révèle la solitude des hommes

le 10 novembre 2017

Converti au numérique, l'être humain s'éloigne de son essence psychique et symbolique.

André Malraux avait eu cette intuition prophétique : « Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux.» Non sans avoir précédemment écrit : « depuis cinquante ans, la psychologie réintègre les démons dans l’homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse. » Il semble qu’aujourd’hui l’homo psychologicus évoqué par Malraux, l’homme de la réalité psychique et de la relation symbolique,ne fasse plus recette. L’humain s’est converti aux données du numérique, cette merveilleuse innovation technologique chargée de ré-enchanter un « monde sans esprit », un monde désacralisé par la froide raison technique, instrumentale d’une société régulée par les seuls critères « légitimes » du marché et de la technique .

Cet homme numérique - fait d’un complexe de chiffres et d’informations, de spectacles et de marchandises, de connexions et de déconnexion - consomme de plus en plus de technologies et s’implique de moins en moins dans les relations humaines. Le Net et ses êtres numériques viennent se substituer au psychanalyste, à l’éducateur, au médecin, au directeur de conscience, au leader politique. Les avatars et les love dolls se mêlent aux partenaires de chair, de sang et … d’esprit ! Les führers d’aujourd’hui,savent que les foules sont devenues virtuelles, que la psychologie des masses et l’intoxication idéologique exigent la propagande et la manipulation des réseaux sociaux. Pour autant, les « esprits » numériques dont nous peuplons notre monde, et auxquels nous rendons quelques cultes, ne sont pas seulement des êtres abstraits, ils détiennent un pouvoir réel et une influence autant sociale que subjective. En les consommant ,nous nous transformons, nous changeons notre manière de vivre, d’éprouver et de nous gouverner.

Le numérique a son propre écosystème, son algèbre, son langage qui façonne substantiellementnos subjectivités et fabrique de nouvelles manières de gouverner, de nouvelles servitudes aussi. Au risque de s’offrir comme remède au mal d’une politique qui a perdu l’audace de la démocratie, qui a remplacé le dialogue par le communiqué ! L’ordinateur devient un ordinator post-démocratique. Cette révolution symbolique nourrit les démons de nos passions contemporaines, acte une civilisation où la technique et le marché sont notre destin .

Source Libération