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Article : La "rencontre" en psychiatrie, nécessité oubliée des protocoles

le 19 octobre 2016

[Médiapart] La psychiatrie est tiraillée entre les tendances sécuritaires et les volontés de soigner à échelle humaine. Les infirmiers qui travaillent dans ces services ont une place centrale à prendre dans la réflexion sur les pratiques, parce qu'ils occupent une place très importante dans le déroulement des soins. Christophe Malinowski invite tous ses collègues à réfléchir dans son livre.

Les grandes révolutions commencent par de petits changements. Infirmier de psychiatrie depuis une quinzaine d'années, Christophe Malinowski est de ces soignants qui sèment le changement dans les hôpitaux psychiatriques. En interrogeant sa propre pratique, en posant des questions à ses collègues, en mettant les patients au cœur de ses préoccupations. Son livre Etre soignant en psychiatrie – Un papillon sur un roseau (1) est un indispensable de la réflexion qui agite la psychiatrie depuis quelque temps. Dans un contexte où des médecins agissent contre les restrictions de libertés, et où l'on montre (enfin) les dérives, il donne toute leur importance au rôle et au regard des soignants qui vivent le quotidien des patients de psychiatrie : les infirmiers.

Dans la première partie, l'auteur nous fait vivre l'hospitalisation en psychiatrie d'un homme, en nous mettant réellement à sa place. Nous vivons ses questions sans réponse, ses doutes, ses incompréhensions, ses inconforts. Puis la violence de l'isolement et de la contention, conduisant à celle de la nécessaire pleine adhésion à des soins qui n'en sont plus vraiment. « J'ai choisi le point de vue du patient, pour que l'on n'oublie pas qu'il est un être humain, avec des émotions et des ressentis. »

« Ils l'avaient rendu fou »

Le récit d'hospitalisation, et en particulier de la contention, est cru(2). Bien que fictif, il est réaliste. Surtout, en nous plongeant dans les yeux du patient, il pose de vraies questions. Comment réagirions-nous aux bruits constants, à l'absence d'intimité, aux repas en réfectoire, dans un moment où nous serions justement au plus mal ? Comment serions-nous jugés de ne pas être en capacité, dans un moment de souffrance, de nous adapter à ces contraintes ? Comment supporterions-nous une mesure dite thérapeutique qui, alors que nous serions seulement en demande de dialogue, nous isolerait avec sédation, et nous maintiendrait attaché à nous en faire mal partout ? « Ils l'avaient rendu fou. Ils ne l'avaient pas apaisé, ils l'avaient maltraité et humilié. » « Ils avaient seulement oublié de lui parler et de l'écouter. Ils avaient oublié d'aller à sa rencontre. »

Le patient (et l'infirmier, et nous-mêmes) s'interroge : « Combien d'hommes et de femmes avaient-ils enfermés derrière cette porte blindée, puis contentionnés, sanglés, pour ne plus se rendre compte de l'abominable et de l'incroyable violence de la méthode ? » L'acte, mais aussi son déroulement protocolaire ont totalement déshumanisé l'homme. « En même temps, je m'interroge aussi , confie Christophe. Cela m'est-il arrivé, de déshumaniser un patient ? Par exemple lorsque l'on est entre nous et que l'on discute, devant le patient : il n'existe plus. »

Source Médiapart